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CHAPITRE QUATORZIÈME

tiques grecs, qui avaient cherché à Rome une protection contre les violences de leur patriarche, ne persévérèrent pas mieux que la majorité des Bulgares; mais un quatrième, M^'' Melethios, archevêque de Drama, persista heureusement, aussi bien que l'évêque anglican de Malte, un autre évêque protestant des Etats-Unis, et plusieurs prélats schismatiques, arméniens, chaldéens ou coptes qui vinrent se ranger, vers cette époque, sous la houlette du Pasteur des pasteurs.

En Italie, une dépêche de M. Thouvenel au duc de Gramont, en date du 6 octobre 1860, avait expliqué ce qu'il fallait entendre par le domaine de saint Pierre, et fixé l'étendue du territoire que la France se réservait d'occuper. C'était dire indirectement au Piémont qu'on ne l'inquiéterait pas pour le reste. M. de Cavour le comprit bien ainsi. Il en tira même des conséquences beaucoup plus larges. Non content de déclarer à la tribune du parlement de Turin qu'il ne rendrait rien de ce qu'il avait pris, il annonça sa ferme résolution de prendre ce qu'il ne tenait pas encore. Le 27 mars 4861, sur sa proposition, un vote des Chambres piémontaises proclama Rome capitale de l'Italie une et indivisible... En même temps, Victor- Emmanuel changeait son titre de roi de Sardaigne en celui de roi d'Itahe.

Il est vrai que le rusé ministre, tempérant son audace par un semblant de modération , avait ajouté : « Nous voulons aller à Rome, mais sans qu'il en coûte à la France qui l'occupe et au Saint-Siège qui y réside. Même quand la France serait hors d'état de s'opposer à notre entrée dans Rome, nous ne voudrions pas y pénétrer contre son désir. Et, si la possession de Rome par l'ItaUe devait coûter quelque chose à l'indépendance du chef de l'Eglise, nous renoncerions à ce couronnement de notre édifice, qui, dans cette hypothèse, serait fatal, non-seulement au catholicisme, mais à l'Italie elle-même. » On a vu depuis quelle créance méritaient ces belles protestations.

Il semble que l'Empereur des Français devait être le dernier à reconnaître le nouveau royaume, contre la formation duquel il avait protesté avec éclat, jusqu'à rompre avec ses auteurs les relations diplomatiques. Ce fut tout le contraire. Le comte de Cavour étant

venu à mourir subitement , son œuvre, que l'on crut menacée de descendre avec lui dans la tombe, se vit tout d'un coup relevée et comme adoptée par Napoléon III. M. Thouvenel prit prétexte de cet événement pour écrire, le 15 juin, au chargé d'affaires de France à Turin, (il n'y avait plus qu'un chargé d'affaires depuis la comédie du rappel de M. de Talleyrand) :

(( Le roi Victor-Emmanuel s'est adressé à l'Empereur, pour lui demander de le reconnaître comme roi d'Italie... L^Empereur est disposé à accéder aux vœux du roi , d'autant plus que notre abstention, dans les circonstances présentes, pourrait être mal interprêtée... Toutefois, il ne faut pas que cette reconnaissance reçoive une signification inexacte... Le gouvernement de l'Empereur n'a caché en aucune circonstance son opinion sur les événements qui ont éclaté l'année dernière dans la Péninsule. La reconnaissance de l'état de choses qui en est résulté, ne pourrait donc en être la garantie, de même qu'elle ne saurait impliquer l'approbation rétrospective d'une politique au sujet de laquelle nous nous sommes constamment réservés une entière liberté d'appréciation. Encore moins, l'Italie serait-elle fondée à y trouver un encouragement à des entreprises de nature à compromettre la paix générale... D'autre part, nous n'entendons nullement affaiblir la valeur des protestations formulées par la cour de Rome , etc. . . »

Pour peu que Victor-Emmanuel eût eu quelque fierté, il y avait dans ce langage des réticences et des réserves dont il n'eût jamais consenti à subir l'affront. Mais il ne demandait pas qu'on l'estimât ; il demandait qu'on le laissât faire.

L'Angleterre et les Etats-Unis, en leur quahté de nations protestantes, avaient déjà , dès le mois de mars, envoyé leur adhésion aux attentats commis contre le Saint-Siège. Le Maroc , seul , avait suivi leur exemple. Mais après que la France eut parlé, toutes les autres puissances reconnurent successivement le royaume d'Itahe. La Russie, quoique schismatique, et la Prusse, quoique luthérienne, mirent une année entière à s'y décider; le gouvernement français n'obtint d'elles cette démarche qu'en la sollicitant comme une gracieuseté envers lui personnellement; encore l'accompagnèrent-elles

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