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CHAPITRE QUATORZIÈME

de réserves fort peu honorables pour le nouveau royaume, L'Espagne qui, le 28 mai 1861, offrait encore de prendre sa part d'une intervention commune des puissances contre la révolution italienne, l'Espagne attendit jusqu'au 14 juillet 1865, et la Bavière jusqu'au 10 novembre de la même année. Quant à l'Autriche, pour la contraindre à s'incliner devant le fait accompli, il fallut le désastre de Sadowa.

Ces reconnaissances ne donnaient à l'Italie unifiée ni l'homogénéité, ni l'honnêteté qui lui manquaient. On avait dépensé des sommes énormes comme prime aux trahisons napolitaines. On en dépensait encore tous les jours pour maintenir l'enthousiasme des annexés et « encourager» la presse, tant italienne qu'étrangère, et particulièrement certaine presse française. Il fallait de l'argent : on s'empara des biens des couvents et des richesses des églises. Des religieuses, expulsées de leurs monastères, furent réduites à mendier pour vivre. Inutile d'ajouter que les lois de l'Eglise étaient foulées aux pieds, comme les droits des citoyens. Les jésuites étaient expulsés de tout le royaume et accablés de mauvais traitements, comme des malfaiteurs; les corporations religieuses supprimées, le clergé fidèle jeté en prison, nombre de diocèses et de paroisses privés de leurs pasteurs. Pie IX déplora cette situation dans son allocution du 30 novembre 1861. Il avait, dans celle du 18 mars de la même année, répondu à ceux qui le conjuraient de se réconciher avec la civilisation moderne : a Le Saint-Siège est toujours d'accord avec lui-même : jamais il n'a cessé d'être le promoteur et le soutien de la civilisation; les monuments de l'histoire l'attestent; ils prouvent de la manière la plus éloquente qu'à toutes les époques les Papes ont porté la civilisation chez les barbares et jusque dans les contrées les plus lointaines... Mais est-ce une véritable civiHsation que celle qui dépouille et enchaîne l'Eghse, qui ne tient aucun compte des traités et ne reconnaît aucun droit à la faiblesse?... Il est bien certain que jamais les Papes ne pourront s'entendre avec cette civihsation-là. Qu'y a-t-il de commun , comme dit l'Apôtre, entre le Christ et Bélial ?... Pour ce qui est de nous voir tendre la main aux usurpateurs de nos provinces, sans qu'ils soient d'abord reyenus à rési-

piscence, qu'on ne l'espère pas davantage... Nous faire une proposition semblable, c'est demander à ce Siège, qui a toujours été le rempart de la justice et de la vérité, de sanctionner ce principe, qu'une chose volée peut être paisiblement possédée par le voleur..., et qu'une injustice qui réussit devient par là même une justice... Nous déclarons donc hautement, devant Dieu et devant les hommes, qu'il n'existe pour nous aucune raison de nous réconcilier avec qui que ce soit. Nous avons seulement à pardonner à nos ennemis, à prier pour eux afin qu'ils se convertissent , et c'est de tout notre cœur que nous le faisons... Mais quand on nous demande des choses injustes, nous ne pouvons pas les accorder : Prœstare non possumus... ! »

Dans le même ordre d'idées, le cardinal Antonelli répondit, au nom de Pie IX, au marquis de Lavalette, ambassadeur de France à Rome, en janvier 1862 :

« Il n'est pas exact qu'il y ait désaccord entre le souverain Pontife et l'Italie. Si le Saint-Père est en rupture avec le cabinet de Turin, il n'a que d'excellents rapports avec l'Italie. Italien lui-même et le premier des Italiens, il soufi're de ses souffrances, il assiste avec douleur aux cruelles épreuves qui frappent l'Eglise italienne. Quant à pactiser avec les spohateurs, nous ne le ferons jamais. Je ne puis que le répéter : toute transaction sur ce terrain est impossible; quelles que soient les réserves dont on l'accompagne, de quelques ménagements de langage qu'on l'entoure, du moment où nous l'accepterions, nous paraîtrions la consacrer. Le souverain Pontife, avant son exaltation, comme les cardinaux avant leur nomination, s'engagent par serment à ne rien céder du territoire de l'Eglise. Le Saint-Père ne fera donc aucune concession de cette nature ; un conclave n'aurait pas le droit d'en,faire ; un nouveau Pontife n'en pourrait pas faire; ses successeurs, de siècle en siècle, ne seraient pas plus hbres d'en faire. »

Cependant le monde tout entier avait l'oreille tendue vers les Chambres françaises qui, pour la première fois depuis le rétabhssement de l'empire, venaient d'être autorisées à discuter une adresse au souverain, et à donner toute pubhcité à leurs débats. On se demandait

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