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CHAPITRE QUATORZIÈME

la société de Saint- Vincent-de-Paul, tout en avouant qu'on n'avait aucun grief à articuler contre elle. En même temps, comme pour faire mieux ressortir l'odieux de cette mesure, il nommait un grand maître de la franc-maçonnerie (1).

Voilà à quelles puériles tracasseries et à quelles maladresses peut descendre un gouvernement auquel ses passions font oublier sa dignité; et voilà comment Napoléon III, accepté jusqu'alors sinon avec enthousiasme , du moins avec une résignation silencieuse , de tous les conservateurs , se complut à ressusciter les anciens partis , qui n'existaient plus même de nom. Il rendit des forces et des espérances à l'esprit démagogique, en même temps qu'il changeait malgré eux en mécontents, puis en adversaires, ses meilleurs amis. « Sire, prenez garde, on ne s'appuie que sur ce qui résiste, » dit à ce propos un diplomate, pour faire comprendre à Napoléon que ceux de ses amis qu'il sacrifiait ainsi étaient justement les plus solides, parce qu'ils étaient les plus fermes. Les avertissements vinrent même des hommes d'état des régimes antérieurs, que les fautes de l'empire n'affligeaient qu'à moitié, mais qui aimaient la France plus qu'ils ne détestaient ses nouveaux chefs. Tels étaient MM. Sauzet, de Broghe, Vitet, et jusqu'à M. Guizot, protestant, et à MM. Thiers, Cousin, Dufaure, qui n'étaient catholiques que de nom : « Madame, dit sous une forme brutale, mais saisissante, M. Thiers à l'impératrice. Madame, c'est une loi de l'histoire : quiconque mange du Pape en crève ! » Mais l'empereur était engagé par serment à ne pas comprendre.

Les manifestations du bon sens public ne furent cependant pas sans résultats favorables. Garibaldi ayant tenté de réaliser par la

(1) Nous avons parlé des journaux catholiques supprimés en 1859 et 1860. Aucun ne put reparaître avant 1867, époque où la liberté de la presse fut rétablie et où ils profitèrent du droit commun. Plusieurs autres, par exemple le Correspondant et la Revue du monde catholique, qui n'étaient que mensuels, le Journal des Villes et des Campagnes , qui ne paraissait que tous les deux jours, sollicitèrent vainement, dans cette période, l'autorisation d'augmenter leur publicité. Mais la Révolution put fonder librement VOpinion nationale, puis Y Avenir national, succursales du Siècle, le Temps, feuille protestante, le Progrès de Lyon , etc.

force le programme du nouveau royaume italien : Rome capitale, Victor-Emmanuel se figurait d'abord qu'on allait avoir une répétition de la comédie de 1860. Il s'empressa de désavouer Garibaldi, comme il l'avait désavoué en Sicile, sauf à être désavoué à son tour, pour la forme, par Napoléon III, le jour où il s'approprierait les conquêtes des flibustiers. Mais l'empereur, cette fois, parla de façon à être pris au sérieux, et Victor-Emmanuel obéit. Il envoya à la poursuite de Garibaldi ses propres troupes , qu'il tenait en réserve pour l'aider. Le chef débandes, battu à Aspromonte le 29 août 1862, et blessé au talon, fut fait prisonnier, puis relâché presque aussitôt. Les catholiques rendirent grâces de cet événement au gouvernement français ; mais il ne fut plus permis de douter que si Napoléon III eût toujours parlé de même, aucun des attentats des années précédentes n'aurait eu lieu.

L'astucieux cabinet de Turin, se glorifiant de l'énergie qu'il venait de déployer bien à contre cœur, voulut s'en faire un titre auprès des honnêtes gens. Comme récompense d'avoir empêché Garibaldi d'aller à Rome, il osa demander d'y aller lui-même. Ainsi il adoptait officiellement le programme complet de la Révolution, et ne renonçait à aucune de ses exigences. D'autre part, le Pape ne renonçait à aucune des résistances du droit. L'Italie piémontaise avait donc son non possumus, de même que Rome avait le sien. Napoléon III n'en continua pas moins à chercher entre ces deux prétentions inconciliables une transaction impossible ; il paraît même l'avoir désirée sincèrement, à partir de 1861 : tous ses discours du trône, toutes les notes diplomatiques de ses ministres en font foi. Il fallait, pour s'obstiner dans cette espérance, un esprit chimérique comme le sien.

L'Eglise se serrait de plus en plus autour de son chef menacé, et Pie IX recueillait, vers ce même temps, des témoignages d'amour comme jamais prince n'en a reçu. Il avait invité les évêques à la cérémonie de la canonisation de vingt-six bienheureux, martyrisés au Japon en 1597, et du bienheureux Michel de Sanctis, trinitaire de la Rédemption des captifs. Un concours prodigieux de pèlerins répondit à son appel. Malgré l'abstention forcée des prélats itaUens qui

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