CHAPITRE QUATORZIÈME
Pie IX, humble et recueilli, reportait mentalement ces hommages à Celui dont il n'était que le Vicaire ; mais son cœur surabondait de joie de trouver encore « tant de foi dans Israël. )> Les cérémonies de l'obédience des cardinaux , puis de la canonisation , du Te Deum et de la messe pontificale, eurent lieu dans les formes ordinaires ; elles durèrent jusqu'à une heure après midi. La foule passa le reste de la journée dans cette allégresse pieuse, rayonnante, expansive;, mais calme et fraternelle, dont le peuple des autres capitales n'a aucune idée.
Les démonstrations du lendemain furent aussi belles, plus belles peut-être et plus significatives , quoique non entourées du même éclat extérieur. Un consistoire semi-pubhc eut lieu dans le palais du Vatican; tous les évêques présents à Rome y assistèrent. Là, le successeur de saint Pierre dénonça au monde attentif certaines erreurs toujours anciennes, toujours nouvelles, mais particulièrement répandues et dangereuses dans les temps présents. Il fit allusion à la prétendue critique allemande qui traite nos livres saints de mythologie, et au trop fameux roman qu'il a plu à un Français, M. Renan, d'intituler : Vie de Jésus. 11 flétrit le matérialisme, le panthéisme, le naturalisme, et tous ces systèmes plus ou moins abrutissants qui nient la liberté humaine, proclament la morale indépendante des lois de Dieu, font dériver de la force matérielle ou du nombre tout droit et toute autorité, et divinisent la raison en philosophie, l'Etat en politique et la chair dans la pratique journalière. Il remercia ensuite les évêques présents , regretta l'absence de ceux de Portugal et de ceux d'Italie, ces derniers retenus malgré eux par le gouvernement piémontais, et les adjura tous de continuer à combattre l'erreur, à détourner les yeux et les mains des fidèles des mauvais livres et des mauvais journaux, à promouvoir sans se lasser l'instruction du clergé et la bonne éducation de la jeunesse. Il termina, d'une voix pleine de larmes et les yeux levés vers le ciel , en s'unissant aux assistants pour conjurer le Père des miséricordes, par les mérites de Jésus-Christ son Fils unique, de tendre une main secourable à la société chrétienne et civile, et de rendre la paix à son Eglise.
A ces graves paroles de son Chef, la voix de l'épiscopat répondit, par l'organe du cardinal Mattei , doyen du sacré Collège. Trois grands points, entre autres, furent affirmés dans sa déclaration : d'abord la suprême autorité doctrinale et l'infaillibité du Pontife romain :
(( Vous êtes pour nous le maître de la saine doctrine ; vous êtes le centre de l'unité; vous êtes la pierre, vous êtes le fondement de l'Eglise elle-même, contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront point. Quand vous parlez, c'est Pierre que nous entendons ; quand vous décrétez , c'est à Jésus-Christ que nous obéissons. Nous vous admirons au milieu de tant d'épreuves et de tempêtes, le front serein, le cœur imperturbable, accomplissant votre ministère sacré, invincible et debout. »
Puis, la souveraineté temporelle du Saint-Siège :
« Nous reconnaissons que votre souveraineté temporelle est une nécessité, et qu'elle a été établie dans un dessein manifeste de la Providence divine. Nous n'hésitons pas à déclarer que, dans l'état présent des choses humaines , cette souveraineté temporelle est absolument requise pour le bien de l'Eglise et le libre gouvernement des âmes. Il fallait que le Pontife suprême ne fût ni le sujet ni même l'hôte d'aucun prince ; . . . il fallait au centre de l'Europe un lieu sacré, placé entre les trois continents du vieux monde, un siège auguste d'où s'élève tour à tour, pour les peuples et pour les princes, une voix grande et puissante, la voix de la justice et de la vérité, impartiale et sans préférence, libre de toute influence arbitraire, et qui ne puisse être ni comprimée par la terreur, ni circonvenue par les artifices. Comment eùt-il pu se faire, en ce moment même, que les prélats de l'Eglise, arrivant de tous les points de l'univers, pussent venir ici pour y représenter tous les peuples et conférer en sécurité des plus graves intérêts, s'ils y eussent trouvé un prince quelconque dominant sur ces bords , qui eût eu en suspicion leurs propres princes, ou qui eût été suspecté par eux à cause de son hostilité? Alors leurs devoirs de citoyens auraient pu s'opposer à leurs devoirs d'évêques... »
Enfin, l'union étroite du monde catholique avec le Pape :