‹ Pie IXChapitre 120 sur 288 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

u Nous condamnons les erreurs que vous avez condamnées ; nous réprouvons les sacrilèges, les violations de l'immunité ecclésiastique, et les autres forfaits commis contre le Siège de Pierre. Et cette protestation, dont nous demandons l'insertion dans les fastes de l'Eglise, nous la proférons en toute sincérité au nom de nos frères qui sont absents; au nom de ceux qui , retenus chez eux par la force, pleurent et se taisent; au nom de ceux qui, retenus pai' de graves affaires ou l'état de leur santé, n'ont pu se joindre à nous dans ce lieu. Nous ajoutons à nous le clergé et le peuple fidèle, qui vous prouve son amour et sa vénération tant par ses prières assidues que par les offrandes du Denier de saint Pierre... Plût à Dieu que tous les rois et les puissants du siècle comprissent que la cause du Pontife est la cause de tous les Etats!... Plût à Dieu qu'ils s'entendissent pour mettre en sécurité cette cause sacrée de l'univers chrétien et de l'ordre social I... »

Pie IX répliqua :

u ... Unis comme nous le sommes, vénérables frères, il est manifeste que le Dieu de paix et de charité est avec nous. Et si Dieu est avec nous, qui sera contre nous? Louange donc, honneur et gloire à Dieu! A vous, paix, salut et joie! Paix à vos cœurs; salut aux fidèles commis à vos soins; joie pour vous et pour eux, afin que vous exultiez avec les saints, chantant un cantique nouveau dans la maison du Seigneur pendant les siècles des siècles ! »

L'adresse "lue par le cardinal Mattei portait les signatures de tout l'épiscopat présent à Rome. Les évêques d'Italie s'empressèrent d'y adhérer, à l'exception d'un seul, celui d'Ariano, qui avait donné dans le mouvement révolutionnaire, et qui mourut malheureusement dans l'année. D'autres adhésions arrivèrent de tous les points du globe, et d'innombrables adresses du clergé secondaire s'y joignirent. Quant aux simples fidèles, ils firent à leurs évêques, à leur retour, de véritables triomphes. On les entourait, on les portait en quelque sorte jusque dans la chaire de leurs cathédrales pour écouter le récit de ce qui venait de se passer à Rome. L'évêque de Moulins, M^' de Dreux-Rrézé, résuma admirablement, dans cette occasion , les impressions communes des vénérables pèlerins :

2i(\ PIE IX, SA VIE, SON HISTOIRE, SON SIKGLE.

(( Rome est une ville de merveilles, dit-il, mais la merveille de Rome c'est Pie IX. y>

L'effet moral des manifestations de 1862 fut immense. En un temps de suffrage universel , il fut impossible de n'y point voir, même au point de vue purement humain, un suffrage indirect niais d'une éclatante universalité : celui du monde catholique tout entier s'unissant aux Romains pour affirmer et les droits du monde catho lique sur Rome, et la ferme volonté des Romains de garder leur bien aimée autonomie, et de rester la capitale du monde catholique. Le parlement de Turin s'en émut. Au milieu d'un tumulte indescriptible, qui empêchait toute discussion, il opposa à l'adresse épiscopale et à l'allocution pontificale une adresse à Victor-Emmanuel , votée le 8 juin, et qui commençait ainsi :

« Sire, des évêques presque tous étrangers à l'Italie ont proclamé cette étrange doctrine, que Rome est esclave de l'univers cathohque... Nous leur répondons en proclamant que nous sommes résolus à maintenir inviolable le droit de la nation et celui de la métropole italienne retenue par la force sous un joug détesté... )>

Un semblable langage dénote un rare mépris de la logique et des faits. Parler de l'aversion de la métropole pour le joug des papes, au moment où cette métropole acclamait ce prétendu joug, et se plaindre que les prélats assemblés à Rome fussent presque tous étrangers à l'Italie, lorsqu'on avait soi-même interdit aux Itahens de s'y rendre !

Ce qui n'étonne pas moins , c'est de voir que ces paroles furent perdues pour Napoléon III. Elles ne l'empêchèrent point de confier Rome à la garde de ceux qui parlaient ainsi , et de conclure avec eux, sans exiger qu'ils se fussent rétractés, la fameuse Convention de septembre.

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