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CHAPITRE DEUXIEME

tife ne fut qu'apparent ou dura peu. A la fin de 1832, M^' Mastaï fut transféré du siège de Spolète à celui d'imola, plus important quoique n'ayant que le titre d'évêché. C'est d'ordinaire un acheminement au cardinalat.

Imola n'oubliera jamais ce qu'il doit à son saint archevêque évêque : les éghses embelhes, les jeunes clercs sans fortune admis gratuitement au séminaire diocésain, une maison de retraite fondée pour les prêtres âgés et infirmes , des asiles ouverts aux orphehns des deux sexes , de nouvelles écoles établies , les hôpitaux agrandis et plus richement dotés.

M^'' Mastaï mit à la tête de la plupart de ces institutions charitables des sœurs de Saint- Vincent-de-Paul, qu'il appela de France à cet efiet. Il fit venir également de France des religieuses du Bon- Pasteur, d'Angers, pour un refuge de filles repenties, « car son )) cœur était perpétuellement troublé, » disait-il^, en pensant à ces « pauvres brebis perdues qui demandent le bercail. » Quand les religieuses du Bon -Pasteur, longtemps réclamées, arrivèrent à Imola, il les reçut dans son palais et voulut les servir lui-même à table.

La prière;, la visite de son diocèse et l'étude le reposaient de ses travaux. Il avait établi dans son palais épiscopal une académie appelée biblique; il en avait rédigé les statuts et en présidait lui-même les réunions, qui se tenaient chaque mois.

Tant de fondations, et particulièrement celle des religieuses du Bon-Pasteur, qu'il avait dotée de ses propres deniers, ne devaient pas contribuer à rétablir sa fortune épuisée à Saint-Michel. Mais la charité est féconde en ressources, et jamais le pieux archevêque n'eut le courage de renvoyer un pauvre les mains vides.

On a raconté à ce sujet plusieurs anecdotes touchantes. Nous en répéterons seulement deux.

C'était pendant le carnaval de 1836. Le Saint-Sacrement était exposé, pour les prières des Quarante-Heures , dans la cathédrale d'imola. La nuit approchait. Absorbé par la prière, le pieux évêque oubliait l'heure. Soudain, de l'extrémité de l'église, partent des plaintes, des soupirs étoufi'és. Il y court. Près d'un pilier, un jeune

homme étendu se mourait; frappé d'un poignard dans une rixe, il venait de se réfugier dans le lieu saint. M^'' Mastaï le prend dans ses bras et se dispose à le porter dans la sacristie ou dans le palais épiscopal. A ce moment même, les meurtriers pénètrent furieux dans l'église , ils veulent en arracher leur victime pour l'achever dehors ; mais dans l'évêque d'Imola, que la prière et le jeûne ont sanctifié, il y a encore le jeune Mastaï de vingt ans. Il fait tête aux assassins, sa dignité les intimide, sa parole éloquente les écrase, ils reculent, ils se laissent chasser. Seul avec le jeune homme, l'évêque lui prodigue des soins maternels, l'encourage, le console, puis, comprenant que tout est perdu, là, au pied d'un pilier, dans la solitude obscure, il l'absout et le bénit, il l'aide à bien mourir.

L'autre fait se passa lorsque déjà M^'' Mastaï était cardinal. Il reçut la visite d'un habitant d'Imola qui, pressé par un créancier et hors d'état de le satisfaire, n'avait plus d'espoir qu'en la charité de l'évêque. Mais la bourse de celui-ci est vide comme celle de son visiteur. Ce n'est point une raison pour ne pas venir à son secours : « De quelle somme avez-vous besoin? — Eminence, il me faut quarante écus (214 fr.). — Mon pauvre ami, je n'ai pas un baïoque (1); mais prenez ces flambeaux d'argent et vendez-les, vous en retirerez bien la somme qu'il vous faut. » Le cardinal sait bien, en donnant ces flambeaux, qu'il s'expose aux reproches de son intendant; mais il est aguerri dès longtemps contre ces reproches-là, car ce n'est pas la première fois que pareille chose lui arrive. Cependant, l'orfèvre à qui les flambeaux sont proposés, reconnaissant les armes du cardinal, retient chez lui le vendeur, qu'il prend pour un voleur, et court au palais épiscopal : « Votre Eminence a été volée. — Non. — On vient de m'apporter des flambeaux d'argent qui vous appartiennent. — Merci de votre intérêt , mon ami ; mais ces flambeaux ne m'appartiennent plus , et vous pouvez les acheter, si on veut les vendre et s'ils vous conviennent. Soyez sans inquiétude , on ne m'a rien volé. » De retour chez lui, l'orfèvre a bientôt du vendeur le secret de la chose. Il donne les quarante écus et s'empresse de rap-

(1) Le baïoque est le sou des Etats pontificaux.

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porter les flambeaux au cardinal. « Je sais tout, Eminence ; voici vos flambeaux. Celui à qui vous les aviez remis a les quarante écus dont il avait besoin, et vous me lés rendrez quand vous pourrez. » Jean-Marie Mastaï, créé cardinal in petto dans le Consistoire du 23 décembre 1839, fut proclamé à cette haute dignité dans celui du 14 décembre 1840, à quarante-huit ans. Grégoire XVI, on le voit, lui pardonnait plus qu'on ne l'a dit ce qu'on appelait ses idées « libérales, » et c'était combler assez généreusement et assez vite un prélat tout disposé à se laisser oublier, qui faisait peu assidûment sa cour, et passait quelquefois des années sans se montrer à Rome.

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