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CHAPITRE XV

PIE IX ET LA POLOGNE. - L'EMPEREUR MAXIMILIEN. — CONVENTION DE SEPTEMBRE. — LE SYLLABl'S.

Le parti prétendu libéral^ si acharné contre le pouvoir temporel des souverains Pontifes, put constater, quelques mois plus tard, l'utilité de ce pouvoir pour l'indépendance de leur parole. Sans lui, en effet, jamais cette parole n'eût retenti pour la malheureuse Pologne, ou bien elle n'eût pas retenti deux fois. Le puissant czar de Russie, aidé de son allié M. de Bismarck, y eût mis bon ordre; il en eût demandé raison au souverain dont le territoire aurait abrité cette voix importune.

La foi catholique est comme l'âme de la nationalité polonaise. Dans le courant des années 1861 et 1862, le gouvernement moscovite avait envahi et profané les églises de cet infortuné pays, suspendu le service divin , traduit devant des conseils de guerre et emprisonné les évêques. Ces attentats n'ayant fait qu'exalter le patriotisme, on imagina de substituer à la conscription par voie de tirage au sort un recrutement partiel qui enlèverait d'un seul coup tous les suspects , c'est-à-dire tous les patriotes. L'enlèvement commença par ceux de Varsovie, le 1.^ janvier 1863, au milieu de la nuit ; mais à la première nouvelle qu'on en eut dans le reste du pays, tous les jeunes hommes propres au service militaire s'en fuirent dans les steppes et les forêts, et huit jours après la Pologne était debout, pour la troisième fois, pour secouer le joug étranger.

Pour la troisième fois aussi, l'Europe abandonna la nation martyre. L'Angleterre, après avoir encouragé par des discours publics

les Polonais à la résistance, fut au moment d'intervenir en leur faveur ; mais un mot de M. de Bismarck la refroidit subitement et détermina lord John Russel à arrêter en route, par le télégraphe, des dépêches comminatoires déjà parties pour Saint-Pétersbourg. La Prusse, inutile de l'ajouter, complice de la Russie dans l'iniquité du partage, faisait cause commune avec elle dans la répression. L'Autriche était paralysée par les menaces de l'Italie contre Venise. L'Italie se contentait de faire exprimer au prince Gortschakoff, chancelier de Russie, « la confiance que l'empereur Alexandre voudrait persister dans les réformes si malheureusement interrompues par la révolte. » La révolte de la Pologne ! Se figure-t-on pareille qualification dans la bouche de gens qui venaient de soulever la Sicile et d'annexer Naples et les duchés par les moyens que l'on sait? Napoléon III, enfin, demeura indécis, attendant tout de la fortune, comme à son ordinaire. Il ne sut ni secourir les Polonais, ni leur faire savoir qu'il ne les secourrait point. Il les laissa prolonger deux ans et plus une lutte sans espoir, qui acheva de les épuiser, et qu'un mot de lui aurait abrégée de dix-huit mois.

Seul, le souverain Pontife parla comme si l'oppresseur eût été le moindre prince de la terre. Il lui écrivit avec ménagement d'abord, le 22 avril 1863 ; mais voyant ses représentations sans effet, il les réitéra avec plus d'instances. Il ne se borna point aux démarches officielles. Il envoya le cardinal Reisach à Vienne en mission confidentielle et adressa une lettre chaleureuse et touchante à l'empereur François-Joseph, afin de l'engager à une action commune et énergique avec la France. Il invita toute la chrétienté à prier avec lui pour la nation agonisante, qu'il proclamait hautement « soldat de la civihsation et de la foi. » Ceux qui se trouvaient à Rome au moment où ces prières eurent lieu, n'oublieront jamais l'élan du peuple romain à la voix de Pie IX, car en priant pour les défenseurs d'une patrie lointaine, il semblait prier pour la sienne propre, de plus en plus menacée.

Mais l'heure de la miséricorde divine n'était pas encore venue, et la persécution ne fit que redoubler. Les ecclésiastiques furent déportés ou mis à mort, uniquement parce qu'ils n'avaient pas refusé

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