CHAPITRE QUINZIÈME
tentais, Nous fomentons la Révolution européenne. Nous savons distinguer entre la Révolution socialiste et les droits légitimes d'une nation qui lutte pour son indépendance et pour sa foi religieuse. En flétrissant les persécuteurs de la religion catholique, Nous remplissons un devoir sacré de Notre conscience. Voilà pourquoi Nous avons dii vous faire part des tristes nouvelles reçues de ce malheureux pays pour lequel il faut redoubler de prières,
» Nous déclarons en conséquence que Nous donnons Notre bénédiction apostolique à tous ceux qui, dans la journée d'aujourd'hui, auront prié pour la Pologne. Prions tous pour elle! »
On sentait passer, le souffle de la colère de Dieu dans la bouche de son Vicaire. On en voyait la flamme illuminer cette noble figure couronnée de cheveux blancs. Pie IX, cédant à l'émotion de son âme, s'était levé de son trône, sa voix était éclatante comme le tonnerre, et son bras menaçant paraissait armé de la toute-puissance (1).
Ce courage vraiment apostolique ai'racha un cri d'admiration même aux ennemis de la Papauté. Le député Rrofferio disait à la Chambre de Turin, le 7 mai 1864., aux applaudissements de ses collègues dévoués comme lui à la Révolution : (( Voilà un vieillard fatigué, malade, sans ressources, sans armée, sur le bord de la tombe : il maudit un potentat qui égorge un peuple ! Je me sens ému dans tout mon être; je me crois reporté au temps de Grégoire VII; je m'incline et j'applaudis. »
M. de Meyendorf, chargé d'afîaires de Russie, ayant été reçu en audience particulière par Sa Sainteté à l'occasion des fêtes de Noël, en 1866, Pie IX porta naturellement la conversation sur. l'état douloureux des aff'aires ecclésiastiques en Pologne. Le ministre russe nia tout, jusqu'aux faits de notoriété pubhque et finit par rejeter tous les torts sur les catholiques qui, partout, avaient pactisé ouvertement avec l'insurrection polonaise, tandis que les protestants prenaient généralement parti pour le gouvernement. « Rien d'étonnant qu'il en soit ainsi, ajouta-t-il, puisque Catholicisme et Révolution sont la.
(1) Alex, de Saint-Albin, Hist de Pie IX, tome II, p. 211.
même chose. » Pie IX ne put tolérer cette coiitre-yérité, tellement absurde, qu'elle ne pouvait avoir d'autre but que de l'outrager, lui et tout le corps des fidèles dont il est le chef : (( Sortez, dit-il au chargé d'affaires en le congédiant; je dois croire, Monsieur, que votre empereur ignore la plupart des injustices dont la Pologne gémit; j'honore donc et j'estime votre empereur, mais je n'en saurais dire autant de son représentant qui vient m'insulter jusque chez moi. » Mais Pie IX attendit vainement que le chargé d'affaires fût désavoué. Les relatious diplomatiques entre Rome et Pétersbourg demeurèrent rompues.
Lorsque Alexandre II eut supprimé de sa propre autorité, en 1867, le diocèse catholique de Kaminieck, Pie IX fut obligé de recourir à la voix des journaux pour faire savoir aux fidèles de cette malheureuse contrée qu'il chargeait l'évêque de Zitomir de les administrer provisoirement : a Je n'ai pas d'autre moyen de communiquer avec eux, disait-il. Dans le naufrage de l'Eglise, j'agis comme un capitaine de vaisseau qui enferme dans une bouteille ses dernières paroles à sa famille et les confie à la tempête, espérant que l'onde voyageuse les déposera sur une rive où elles seront recueillies. »
Le saint Pontife, champion de la justice en faveur des peuples, l'était aussi en faveur des princes. François II, chassé de Naples par la félonie de son cousin Victor-Emmanuel , trouva à Rome la même hospitalité princière que Pie IX avait trouvée, en 1848, sur le territoire napolitain. En vain, Victor-Emmanuel se plaignit et menaça, en vain le cabinet des Tuileries donna à entendre, s'il n'osa le déclarer nettement, que le maintien des troupes françaises à Rome était au prix du départ du roi déchu ; le Pape faisant allusion à la famille de Napoléon P', recueillie par Pie VII, répondit finement, que les pontifes romains avaient des traditions d'hospitalité à l'égard de leurs persécuteurs, et à plus forte raison, à l'égard de leurs bienfaiteurs. Napoléon III eut honte d'insister, et François II resta à Rome aussi longtemps que Pie IX.
Maximihen d'Autriche, prince religieux et plein de bonnes intentions, appelé à un trône impérial par le vœu des INIexicains, ou plutôt par la volonté de Napoléon III, se rendit à Rome avant de