‹ Pie IXChapitre 126 sur 288 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

et que cette couronne est devenue l'objet des haines et des embûches de tous ceux qui voudraient imposer silence à Téternelle vérité. Une partie de ces ennemis n'a jamais appartenu à l'Eglise, à qui elle fait une guerre sanglante et impie ; une autre partie, après avoir eu le bonheur de naître dans son giron, a eu le malheur de l'abandonner pour faire cause commune avec les premiers. Aux uns comme aux autres tous les moyens d'attaque sont bons : persécutions, violences, artifices, calomnies. Comme Absalon aux portes de Jérusalem, ils ne cessent de répéter que si cette couronne dont ils veulent dépouiller le Vicaire de Jésus-Christ reposait sur une autre tête, la justice serait mieux distribuée, le peuple plus libre et plus heureux, et que l'âge d'or, banni depuis longtemps de ces contrées, reviendrait y fleurir pour tous. Je n'ai pas besoin de vous démontrer les grossières illusions de ces raisonnements, à supposer qu'ils soient sincères. Puissent ceux qui les font avoir le cœur percé non de la lance d' Absalon, mais d'un rayon de la vérité divine, qui leur fasse connaître l'iniquité de leurs discours, et leur montre l'abîme de l'éternité dont ils approchent, aveugles et sourds, sans en apercevoir le bord!...

» Je ne m'arroge pas le don de prophétie ; mais bien que je ne voie à l'horizon aucune lueur d'espérance, aucune probabihté de secours humain, je crois cependant pouvoir affirmer que nos souffrances, notre résignation et nos prières finiront par nous obtenir de Dieu les miséricordes qu'il tarde quelquefois à accorder , mais qu'il ne refuse jamais à ceux qui le servent avec crainte et amour... »

Pendant ce temps, celui dont dépendait, humainement parlant, le sort de la Papauté temporelle, se livrait de plus en plus aux ennemis de l'Eghse, sans voir que c'étaient aussi les siens. On en avait eu une preuve éclatante aux élections générales de 1863. Soucieux avant tout d'écarter quiconque osait signaler l'écueil qu'il n'apercevait pas lui-même, M. de Persigny avait combattu avec acharnement la réélection des 91, et en général de tous ceux pour qui on venait d'inventer l'épithète de cléricaux. Il était allé jusqu'à préférer des ennemis de l'empire, mais très-amis de l'Itahe, tels que MM. Glais- Bizoin et Guéroult, à des impériahstes partisans du pouvoir temporel, tels que MM. de Cuverville, Cochin et Lemercier.

Mais s'il l'emporta contre ces trois derniers et contre MM. de Montalembert , de Falloux et Relier, s'il réussit à jeter désormais dans l'opposition bon nombre de gens qui n'auraient pas mieux demandé "que de rester bonapartistes, il échoua contre M. Plichon à Lille, contre M. Berryer à Marseille, et surtout contre M. Thiers à Paris.

Les discours de ce dernier en faveur du pouvoir temporel eurent un prodigieux effet, parce qu'on les savait inspirés non par le sentiment religieux, mais par le simple bon sens et l'expérience politique. M. Thiers fut à la fois historien et prophète des erreurs du second empire, et il le fut jusqu'à la fin. Les clartés implacables dont il inondait les fautes de la veille ne réussirent pas à empêcher celles du lendemain ; mais elles les rendirent inexcusables.

Au premier vote de la nouvelle chambre sur la question qui passionnait si vivement les esprits , quand même la gauche ennemie de l'empire se rangea du côté du gouvernement, il se trouva encore 84 voix pour blâmer les faiblesses envers la révolution italienne.

Mais la question entra tout à coup dans une nouvelle phase. On apprit vaguement que le cabinet de Turin et celui des Tuileries venaient de conclure ensemble, le 15 septembre 1864, une convention. Quel en était le but véritable? Les interprétations se partagèrent, même quand le texte fut connu. « Les hautes parties contractantes avaient résolu de faire une convention, » disaient les premières lignes, et c'était tout le préambule. Par l'article premier, Victor-Emmanuel s'engageait à ne pas attaquer le territoire actuel du Saint-Père, à empêcher, même par la force, toute agression venant du dehors contre ce territoire, et à payer une part proportionnelle de la dette des anciens Etats de l'Eglise. Par l'article deuxième , la France s'engageait à retirer ses troupes dans un délai de deux ans. Enfin, par un protocole additionnel ^ Victor-Emmanuel s'engageait à transporter sa capitale à Florence avant six mois.

Il parut singulier que cette dernière clause , qui se rapportait à l'organisation intérieure du royaume italien, fût devenue l'objet d'un traité international. Mais ce qui étonna bien davantage , ce fut d'apprendre que la destinée de l'Etat pontifical avait été réglée sans

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