CHAPITRE QUINZIEME
le concours du gouveriienient de cet Etat, et que le Saint-Père n'avait connu l'arrangement c{ue par le bruit public. Cette circonstance donna de l'inquiétude aux catholiques. Leurs alarmes redoublèrent en présence des commentaires du parlement piémontais, qui déclara par un vote que l'Italie s'interdisait seulement d'aller à Rome par la force, et non d'y aller « par les moyens moraux. » Le marquis Pepoli, un des signataires de la convention, disait de même publiquement à Milan : « Le traité du 15 septembre ne porte aucune atteinte au programme national de l'Italie; il brise seulement le dernier anneau qui unissait la France à nos ennemis. »
Le gouvernement français , il faut lui rendre cette justice, entendait les choses, pour cette fois, autrement que le cabinet piémontais ; il le montra depuis. Mais il commit la faute d'exécuter la convention , en' ce qui le concernait , quand même l'Italie faisait connaître à tous, officiellement, que, pour sa part, elle n'entendait point l'exécuter. Ou plutôt, Napoléon III eut un autre tort plus grave, ainsi que le démontra avec une entraînante éloquence M""" Dupanloup , dans une brochure qui a été peut-être la plus lue de toutes les brochures du xix^ siècle : ce fut de signer un traité quelconque avec Victor- Emmanuel. Comment compter sur la parole du violateur du traité de Zurich, de l'homme de Gaëte, de Naples et de Castelfîdardo?
Pour ce qui est de Pie IX , il ne dit que cette simple parole : « Je plains la France! » Il ne voulut rien savoir des indemnités financières que la convention de septembre avait prétendu lui ménager comme compensation des spoliations dont il avait été victime.
Le. 8 décembre lS6i, dixième anniversaire delà proclamation du dogme de l'Immaculée Conception , fut signalé par un grand acte doctrinal : la pubhcation de l'encychque Quanta cura, et celle d'un Résumé ou Syllabus des principales erreurs modernes. Pie IX, dans ces documents, n'enseignent rien de nouveau. Il rappelait seulement et réaffirmait, en les précisant, des condamnations déjà portées par ses prédécesseurs ou par lui , notamment dans son allocution aux évêques lors de la canonisation des martyrs japonais. Mais c'était le coup le plus terrible dont la Révolution eût été encore frappée.
Le Syllabus renferme quatre-vingts propositions ; en voici quelques-
2i0 PIE IX, SA VIE, SON HISTOIRE, SON SIÈCLE.
unes, dont la simple lecture expliquera l'émotion extraordinaire qui s'empara des esprits, lorsqu'on les vit si nettement condamnées. Nous les choisissons dans les paragraphes intitulés : « Erreurs relatives à l'Eglise et à ses droits, à la société civile, à la morale naturelle et chrétienne. »
« L'Etat, origine et source de tous les droits, jouit d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite... La puissance civile, même quand elle est exercée par un prince infidèle, possède un pouvoir indirect, négatif sur les choses sacrées. Elle a par conséquent, nonseulement le droit qu'on appelle à'exequatur, mais encore le droit qu'on nomme d'appel comme d'abus... Elle peut casser et rendre nuls, sans le consentement du Saint-Siège, les Concordats et autres conventions conclues entre elle et lui... Elle peut s'immiscer dans les choses spirituelles, et exiger que les instructions publiées par les pasteurs de l'Eglise soient soumises à son approbation... Elle peut empêcher les évêques et les fidèles de communiquer librement entre eux et avec le Pontife romain... Elle a par elle-même le droit de présenter les évêques, et peut exiger d'eux qu'ils prennent en main l'administration diocésaine avant d'avoir reçu du Pape l'institution canonique... Bien plus, elle a le droit d'interdire aux évêques l'exercice du ministère pastoral...
» La bonne constitution de la société civile réclame que les écoles publiques soient aflranchies de l'autorité de l'Eglise, et de toute ingérence de sa part. . .
» La puissance laïque peut, de son propre droit, changer l'âge prescrit pour la profession religieuse, enjoindre aux communautés de n'admettre personne aux vœux solennels sans son autorisation... et même supprimer complètement les familles religieuses... et s'attribuer leurs biens...
» Les rois et les princes, non-seulement sont exempts de la juridiction de l'Eglise, mais encore ils sont supérieurs à l'Eglise quand il s'agit de trancher les questions de juridiction.
» L'Eglise doit être séparée de l'Etat, et l'Etat séparé de l'Eglise.
» Les lois de la morale n'ont pas besoin de la sanction divine, et il n'est pas du tout nécessaire que les législations humaines se