CHAPITRE XVI
SADOWA. - PIE IX ET LES MISSIOxXS. - PIE IX ET LA FRANC- MAGONNERIE. — ANECDOTES. — FÊTES DU CENTENAIRE.
Mais déjà la France allait récolter les fruits amers de la politique révolutionnaire de ses chefs. Napoléon le conspirateur avait conclu avec le comte de Bismarck^ à Biarritz, on ne sait quelles trames mystérieuses, semblables à celles de Plombières avec le comte de Gavour; mais cette fois il avait trouvé plus roué que lui, sinon plus scrupuleux. De là sortit la catastrophe de Sadowa, préparation de celle de Sedan. Comme on devait s'y attendre , Bismarck vainqueur de l'Autriche et voyant la France complètement désarmée, sans un seul soldat de plus qu'à l'ordinaire sur le Rhin , n'accorda aucune des compensations promises et garda tout. Gela n'empêcha point Napoléon de présider gracieusement au traité de Prague, et d'y signer l'expulsion de l'Autriche hors de l'Allemagne et la confiscation du Hanovre, du Nassau, des Hesses et autres petites souverainetés indépendantes , le tout au profit de la Prusse , qui imposait en outre sa direction mihtaire à l'Allemagne du sud , et se trouvait par là même littéralement doublée en étendue et en population.
Ainsi avait disparu en sept ans, grâce à Napléon III, cette barrière de petits états que la sagesse des siècles avait alignés sur notre frontière continentale, de la Méditerranée à l'Océan, et qui diminuaient les frottements entre les grandes puissances. Ainsi la France s'était emprisonnée , de ses propres mains , entre l'unité italienne et la formidable unité germanique.
Il est vrai que Napoléon recevait en échange, pour la forme seulement, la Vénétie, qu'il transmettait au même moment à l'Italie. Battu sur terre, battu sur mer, Victor-Emmanuel n'en acceptait pas moins ce présent; l'Italie devenait libre jusqu'à l'Adriatique, et le fameux programme de Milan, 1859, était enfin rempli. Ce résultat, qui flattait la vanité de l'empereur, couronnait les vœux des sociétés secrètes. Protestants, juifs, francs-maçons, incrédules de toutes nuances, députés de la gauche et journaux révolutionnaires, tous ardents au service de la Prusse, applaudirent avec enthousiasme. Les ministres mêmes de l'empereur, M. Rouher, au Corps législatif, et M. de Lavalette, dans une circulaire diplomatique, ne rougirent pas de se féliciter publiquement des stipulations de Prague. Juste châtiment d'une politique sans principes et sans loyauté : à force d'engouement pour l'Italie, ces sages hommes d'Etat en arrivaient à oublier la France (1)!
(1) L'inexorable logique des idées et des faits voulut que le plus fougueux prussien, en France, fût en même temps le plus ardent des italianissimes : à ces deux traits on a reconnu l'hôte du Palais-Royal, le prince Jérôme Napoléon, gendre de Victor-Emmanuel. Rrutal et grossier, mais franc dans l'expression de sa pensée, celui-là, du moins, ne dissimula jamais ce qu'il entendait par la politique napoléonienne. Il est bon de conserver, pour l'édification des générations futures, quelques fragments de ses discours; par exemple de celui qu'il prononça, quinze jours avant Sadowa, à la suite d'un festin, et qui fut reproduit, sans désaveu de sa part, dans tous les journaux du temps. On le croirait dicté par M. de Bismarck.
« ... L'empire, s'écria le prince Napoléon, l'empire c'est le triomphe de la démocratie moderne, de la Révolution, qui a été enrayée par quinze ans de restauration et par dix-huit ans de libéralisme parlementaire, mais qui déborde aujourd'hui de toutes ses digues impuissantes. On a fait trop d'hésitation et de prudence jusqu'ici; on aurait dû s'allier franchement à la Prusse et à l'Italie depuis un an. L'heure est venue où le drapeau de la Révolution, celui de l'empire, doit être largement déployé. — Quel est le programme de cette Révolution?— C'est d'abord la lutte engagée contre le catholicisme, lutte qu'il faut poursuivre et clore ; c'est la constitution des grandes unités nationales, sur les débris des états factices et des traités qui ont fondé ces états ; c'est la démocratie triomphante ayant pour fondement le suffrage universel, mais qui a besoin, pendant un siècle, d'être dirigée par les fortes mains des Césars; c'est la France impériale au sommet de cette situation européenne ; c'est la guerre, ime longue guerre, comme condition et instrument de cette politique.
» Voilà le drapeau et le programme.
» Or, le premier ol)5tacle à vaincre, c'est l'Autriche. L'Autriche est le plus