CHAPITRE SEIZIÈME
puis l'héroïsme dans le martyre , et l'on regrettait de le voir faire parfois des concessions excessives. Pie IX lui écrivit à ce sujet le 26 octobre 1865. Il le reprenait en outre d'avoir assisté aux funérailles du maréchal Magnan , grand-maître de la franc-maçonnerie, et donné lui-même l'absoute en présence des insignes maçonniques étalés sur le cercueil. L'archevêque répondit que ni lui ni son clergé n'avaient remarqué ces insignes. Le Pape répliqua : « Vous saviez que le défunt , pendant sa vie , avait eu le malheur de remplir cette fonction proscrite qu'on nomme Grand-Orient; vous pouviez donc aisément prévoir que les membres de cette secte assisteraient à ses funérailles et ne manqueraient pas d'y faire parade de leurs insignes. C'est pourquoi vous deviez vous tenir en garde afin de ne pas causer, par votre présence et votre coopération , l'étonnement et la douleur de tous les vrais catholiques. »
Pie IX conclut de cet incident qu'il y avait lieu de renouveler les condamnations portées par ses prédécesseurs contre les sociétés secrètes , et la franc-maçonnerie en particulier. Dans le consistoire du 25 septembre 1865, il signala de nouveau les périls que ces institutions font courir à la société et déplora l'aveuglement des gouvernements qui ne tiennent compte, à ce sujet, ni de tant d'avertissements du Saint-Siège, ni des cruels enseignements de tant de révolutions. La secte incriminée imagina un stratagème fort simple, mais trèsefficace pour faire tomber en ruine d'un coup tout l'effet de la parole du Pape. Ce fut de la mettre en contradiction avec elle-même. Une lettre des francs-maçons de Messine , lettre qui fit le tour des deux mondes, raconta que Pie IX était franc-maçon , qu'il avait été reçu dans la loge de Philadelphie, et admis successivement au compagnonnage et à la maîtrise , et que tout le temps qu'il était resté en Amérique, peu de frères avaient assisté aussi régulièrement que lui aux tenues. La lettre citait même comme textuels certains discours de lui fort enthousiastes de la maçonnerie. Elle ajoutait que tout cela était de notoriété publique dans la grande cité de Philadelphie, que là on conservait comme un trésor un grand nombre d'autographes de Jean-Marie Mastaï Ferretti, qu'on les faisait voir, en preuve de son initiation, à tous les frères étrangers qui venaient
dans cette ville, et que beaucoup de voyageurs les avaient déjà vus plusieurs fois.
Tant de détails donnés avec tant de précision ne laissaient guère de place au doute. A quels récits de journaux ajouter foi désormais, si pas à celui-là? Des témoignages nombreux affirmaient ; ils en appelaient à d'autres témoignages comme d'un fait public et notoire, et toute la presse révolutionnaire, c'est-à-dire les trois quarts des journaux, affirmaient triomphalement après eux. Ajoutez que le principal intéressé, Pie IX, se taisait.
Mais il se rencontre encore, heureusement, quelques âmes loyales jusque parmi ces hommes qui font profession de ne se réunir que dans l'ombre. Le journal le Monde maçonnique demanda un rapport officiel au Grand-Orient de Pensylvanie , « afin , disait-il , de fermer la bouche aux feuilles religieuses. » Voici la réponse qu'il reçut, en date du 30 novembre 1868, du grand secrétaire de la grande loge de Pensylvanie :
« J'ai examiné les registres, suivant votre requête, et n'ai pas trouvé le nom de Jean-Marie Mastaï Ferretti comme membre d'aucune loge de cette juridiction, ou ayant été reçu maçon dans aucune d'elles. Le nom le plus approchant que j'y trouve est celui de Martin Ferrety, lequel fut reçu maçon en 1819, mais à la Havane (Cuba). »
Ainsi tomba, sans que Pie IX eût daigné s'en occuper, un conte ridicule , mais qui n'en continua pas moins à traîner çà et là dans les bas-fonds de la presse démagogique (1).
Nous avons raconté déjà, en suivant l'ordre des temps, beaucoup de traits admirables de la vie de Pie IX. En voici d'autres qui se rapportent à la période qui nous occupe.
Une esclave noire de la Nouvelle-Orléans, amenée à Rome par ses maîtres, avait un grand désir de se trouver sur le passage de Pie IX pour recevoir sa bénédiction. Le Pape en fut informé et s'en souvint; il envoya à cette pauvre fille une lettre d'audience. C'était la veille de Pâques ; une foule magnifique encombrait l'antichambre. Pie IX
(1) Le tribunal de Lyon a condamné pour diffamation, en décembre 1875. un journal qui ressassait encore cette odieuse ineptie de « Pie IX franc-maçon. »