‹ Pie IXChapitre 134 sur 288 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

confie au soleil et à la pluie du bon Dieu pour le faire mûrir. Le docteur demeura vivement impressionné de ce qu'il venait d'entendre. Cette question « contre quoi et pourquoi? » ne sortait plus de sa pensée. Il voulut y répondre sérieusement, et il y répondit si bien que, peu de jours après, il faisait son abjuration.

Combien d'autres protestants, particulièrement anglais, venus à Rome en touristes et admis en curieux à l'audience de Pie IX, ont vu les rayons de la grâce descendre sur eux par ses yeux ou sa parole, et s'en sont retournés croyants ! Le discours suivant , qu'il tint à un jeune ministre berlinois, donnera ime idée de la tendresse avec laquelle il leur parlait , quand il les voyait disposés à recevoir la vérité. Ce discours a été recueilli par des prêtres du diocèse de Nîmes , qui se trouvaient présents :

« Mon enfant, il faut que vous et moi nous soyons amis, car nous sommes les fils du même Père et destinés au même héritage. Voyez-vous, il n'y a qu'un Dieu, qu'une foi, qu'un baptême; cela s'appelle l'unité catholique, en dehors de laquelle il n'y a que confusion et pas de salut. C'est le malheur des protestants d'en être sortis. Non pas, toutefois, qu'il soit impossible de se sauver parmi eux-; il en est un certain nombre qui seront au ciel, parce qu'ils ont vécu dans une ignorance invincible ( demandez aux théologiens qui vous entourent , de vous exphquer cette parole), et que , cependant, leur vie a été pieuse. Us appartiennent à l'Eglise sans le savoir. Mais, cette bonne foi dans l'erreur subsiste difficilement à Rome, au foyer de la lumière évangélique. Pour vous, mon cher enfant, cherchez d'un cœur généreux la vérité. Je dis d'un cœur généreux, car il vous faut la chercher plus encore avec votre cœur qu'avec votre tête. Vous la trouverez. Soyez assuré que je vous y aiderai par mes prières. Mais, à votre tour, vous prierez pour le Pape. Ainsi, nous nous porterons secours l'un à l'autre. »

Une autre fois, pendant son audience, Pie IX voit deux jeunes filles se jeter à ses pieds, en les couvrant de larmes : « Qu'avezvous, mes enfants, leur demanda-t-il , en leur faisant signe de se relever. — Saint-Père, nous sommes protestantes, et nous voudrions être catholiques. — Eh bien, qui vous en empêche? — Notre mère.

La mère, une femme digne et austère, était là debout, et légèrement frémissante ; elle veillait sur ses filles et semblait prête à les disputer au Pape. Sans le respect qui la reîenait, elle les eût prises par la main et entraînées. Pie IX se recueille un instant, puis s'adressant à la mère : « Madame, lui dit-il , au nom du Gbrist, dont je suis le Vicaire, donnez-moi ces deux enfants ! Elles sont à Lui avant d'être à vous. Elles ont vu la lumière. Ne craignez-vous pas, en vous mettant entre cette lumière et elles , d'être vous-même privée de la voir? » La mère, non-seulement ne retint plus ses filles, mais elle les accompagna au jour de l'abjuration.

On a remarqué que pas un des soldats protestants qui se trouvaient dans l'armée de Pie IX n'est mort sans avoir obtenu , pour prix de son dévouement à la plus sainte des causes, la grâce d'être réconcilié avec l'Eglise. A Gastelfidardo, il se trouvait dans les rangs des volontaires pontificaux un Suisse lucernois , du nom de Jecker, qui se battit comme un lion , et reçut plusieurs balles dans le corps. Sa qualité de protestant lui valut des égards de quelques officiers piémontais, libres-penseurs^ qui lui permirent d'aller où il voudrait. Il se fit transporter à Rome. On le déposa à l'hôpital , dans un état désespéré. Là , ses premières paroles furent : « Je veux voir Pie IX ! » Pie IX averti , était le soir même au chevet de son lit.

« Saint-Père, murmura le blessé, je suis bien heureux d'avoir soufl'ert pour vous !

— Merci, mon cher fils, répondit tendrement Pie IX.

— Saint-Père, je suis protestant.

— Je le savaiS;, mon fils. •

— Saint-Père, je vais mourir, je le sens ; mais je meurs heureux, puisque vous êtes près de moi; et mourant pour l'Eghse catholique, pourrais-je mourir ailleurs que dans son sein?

Le visage attristé du Pontife s'illumina d'une joie céleste. Il embrassa l'humble soldat, puis levant les yeux au ciel, il étendit les mains sur sa tête, et ce fut sous l'influence de cette bénédiction tant désirée que le blessé rentra dans le giron de l'Eglise, reçut les derniers sacrements, et expira quelques heures après.

On sait combien de conversions se sont opérées parmi les angli-

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