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CHAPITRE SEIZIÈME

cent bourses pleines d'or, hommage de cent villes italiennes. M^'^Manning déposa aux pieds de Pie IX 750,000 francs , témoignage opulent de la charité anglaise ; le cardinal-archevêque de Malines apportait aux fêtes du Centenaire 400,000 francs, l'archevêque de Posen 300,000, celui de Mexico 300,000, celui de Cuba 100,000 douros. « Nous renversons l'ordre de la nature, observait Pie IX en souriant; ce sont les enfants qui nourrissent le père. » Il est vrai qu'il recevait d'une main et donnait de l'autre. Il s'était chargé de loger et de nourrir quatre-vingt-cinq évêques des plus pauvres, italiens, orientaux ou missionnaires , et il n'en laissa partir aucun sans lui donner d'abondantes aumônes pour ses œuvres diocésaines.

Le 20 juin, la procession de la Fête-Dieu fut comme le prélude des fêtes augustes du Centenaire. La moitié de l'épiscopat y entourait le Chef de l'Eglise, tenant le saint Sacrement dans ses mains, à genoux, le front appuyé sur l'ostensoir, les yeux fermés, calme au milieu de cette foule comme s'il eût été seul dans son oratoire. Tel était le recueillement de l'innombrable assistance que , selon un témoin oculaire, en fermant les yeux on eût pu se croire dans un désert ; il n'y avait d'autre bruit que le murmure des fontaines.

Le lendemain, on célébra le vingt et unième anniversaire du couronnement de Pie IX. Le 23 fut consacrée l'église de Sainte-Mariedes-Anges, admirable monument bâti, sur les plans de Michel- Ange, dans les Thermes de Dioctétien, et réédifié par Pie IX. Le âl, au sortir de la basilique de Saint- Jean-de-Latran, le Pape fut l'objet d'une ovation comme jamais peut-être il n'en avait reçu. Agenouillée sur la vaste place et la remplissant tout entière , la foule que n'avait pu contenir la basilique attendait la bénédiction pontificale. Après que Pie IX eût étendu la main pour bénir, tout ce peuple se leva et, par un seul mouvement et un seul cri , repondit : Vive Pie IX f Vive le Pape-Roi/ Les bras et les mouchoirs s'agitaient , les fleurs pleuvaient ; le carosse papal resta longtemps comme emprisonné ; le Saint-Père lui-même, accoutumé cependant à ces démonstrations d'un peuple aimant, avait les larmes aux yeux. Son camail fut en quelque sorte dépecé fil à fil par des ecclésiastiques français qui se trouvaient derrière lui et qui déposaient avec vénération ces reliques

dans leurs bréviaires. L'entassement de la foule et les acclamations durèrent jusqu'au Vatican, c'est-à-dire sur un parcours de plus d'une lieue en temps ordinaire. Et c'était tous les jours le même enthousiasme.

Le 25 juin, Pie IX encouragea, dans une paternelle et fortifiante allocution , les prêtres étrangers réunis autour de lui dans la chapelle Sixtine. Le 26 , s'adressant aux évêques assemblés pour la remise du chapeau au cardinal-archevêque de Séville, il annonça une grande nouvelle qui , dans la situation précaire où il se trouvait, réduit au seul territoire de Rome et menacé , dans ce moment même , par les bandes de Garibaldi et par l'armée italienne , témoignait de l'intrépidité de son courage et de sa confiance. Cette nouvelle était celle de la tenue prochaine d'un Concile œcuménique. La voix de Pie IX fut couverte un instant par les applaudissements de la grave assemblée; la joie et l'amour étaient plus forts que le respect. La Révolution surprise et déconcertée affecta de se moquer de cette nouvelle, et peu de gouvernements y ajoutèrent foi tout d'abord; mais le monde cathohque tressaillit d'espérance et salua dans cette annonce une des dates solennelles de l'histoire. « L'Europe, écrivit M. Louis Veuillot que sa foi rendit prophète ce jour-là, l'Europe a maintenant quelque raison de compter sur deux années de paix , parce qu'il faut que le Concile se tienne , Pie IX en ayant assigné le jour. »

La véritable solennité eut lieu le 29 juin, jour du Centenaire et des canonisations, puis le 7 juillet, où furent béatifiés deux cent cinq martyrs japonais. Mais les limites que nous avons posées d'avance à cet ouvrage ne nous permettent pas une description détaillée. Les cérémonies y ressemblèrent à celles de 1832 et 1863 , si ce n'est que les foules y furent encore plus nombreuses, les acclamations plus incessantes, les illuminations plus splendides. Comme à ces deux dates mémorables les évêques ne voulurent pas se séparer sans avoir exprimé de nouveau, par une adresse commune, leur pleine adhésion à tous les enseignements et à tous les actes de Pie IX. Jamais , dans les plus beaux âges de la foi, jamais le corps de l'Eglise ne s'était montré si uni à la tête, ni les membres entre eux.

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