CHAPITRE DIX-SEPTIEME
demandaient pas au complaisant ministre des raisons qu'il n'avait pas; elles lui demandaient seulement des prétextes qui leur permissent de voter décemment suivant les désirs du maître.
La prédiction de Pie ÏX devait s'accomplir, mais non sans un intervalle de triomphe. Dès le lendemain des glorieux désastres de 1860, l'intrépide M^"" de Mérode, puis le général Kanzler qui lui succéda comme ministre des armes, s'étaient occupés de reformer la petite armée pontificale. Le succès répondit à leurs efforts. La Moricière venait de mourir, à la fin de 1863; mais un grand nombre de ses vétérans de Gastelfîdardo et d'Ancône revinrent à Rome en 1866, à l'annonce de nouveaux dangers. Le corps des zouaves dut élargir ses cadres, que la fleur de la jeunesse française, hollandaise, belge, anglaise, suisse et romaine, tint à honneur de remplir. Le grand air, les noms illustres de plusieurs de ces nouveaux croisés , et la parfaite discipline de tous imposaient le respect même aux rares factieux romains. « Signor soldato, monsieur le soldat, » c'est ainsi que les interpellait dans les rues quiconque adressait la parole à cette vaillante jeunesse que, de loin, les gens de plume vendus à la révolution se remirent à appeler « les mercenaires du Pape. )>
Tandis que les uns offraient leur sang, d'autres donnaient leur or. Au Denier de saint Pierre s'ajoutait l'œuvre des zouaves pontificaux, c'est-à-dire de l'entretien de ces généreux soldats. Afin de parfaire la somme de cinq cents francs nécessaire annuellement pour chacun d'eux, on vit des artisans, des domestiques, de pauvres filles se cotiser ensemble. En 1867, les fidèles du diocèse de Cambrai entretenaient deux cents zouaves pour leur part, celui de Rodez cent, celui d'Arras autant, ceux de Cologne, de Nantes, de Rennes, de Toulouse, presque autant.
D'autre part, à demi éclairé par le coup de foudre de Sadowa, le gouvernement français paraissait s'être départi, à l'égard de la protection du Saint-Siège, de sa maxime secrète de 1860 : Ni faire, ni laisser faire. En quittant Rome, il avait autorisé la création, sous un chef désigné par lui-même, d'un corps de volontaires, pris en grande partie dans l'armée française, qui devaient veiller auprès du Pape. On appela cette légion, légion d'Antibes, du nom de la ville
OÙ elle s'était formée. Pie IX pouvait en outre compter sur les sentiments de l'armée romaine proprement dite. C'était beaucoup plus qu'il n'en fallait pour maintenir la tranquillité intérieure, à supposer qu'aucune agression ne vînt du dehors.
Mais déjà Garibaldi avait préparé cette agression. En même temps qu'il affermissait, au congrès démagogique de Genève, l'organisation de Y Internationale ^ l'infatigable forban avait profité de l'affluence des pèlerins à Rome pour tromper la police pontificale et pour introduire dans la ville des bandes de sicaires, des munitions, des armes de toute espèce, des bombes Orsini. Après le départ des évêques, il ouvrit publiquement, en Italie, des souscriptions d'argent et des enrôlements de soldats. Les magasins du gouvernement piémontais étaient à sa disposition, comme en 1860, pour l'aider à habiller et armer ses volontaires; de nombreux fonctionnaires et officiers de l'armée régulière s'engageaient parmi eux, sans même se donner la peine de cacher leurs pantalons d'uniformes ni leurs armes d'ordonnance. Les municipalités votaient des subsides aux garibaldiens, par délibérations publiques, et les administrations de chemins de fer leur fournissaient des trains spéciaux. Au milieu de ces actes manifestes de complicité, Victor-Emmanuel envoyait à Paris protestations sur protestations. Il n'entendait nullement, disait-il, se dégager des obligations que lui imposait l'article premier de la convention du 1,5 septembre 1865, et l'on pouvait s'en remettre à lui pour arrêter les agitateurs et réprimer, fut-ce par la force, toute violation de la frontière pontificale. Il ne se contentait pas de parler : il agissait comme il savait le faire si bien. Garibaldi se vit interné dans sou île de Caprera, mais il s'échappa au bon moment, à travers les sept vaisseaux qui le gardaient. Alors un mandat d'arrêt fut lancé contre lui ; on le rechercha activement à Gênes, à Turin, partout, excepté à Florence, où il haranguait la foule en pleine place publique, sous les fenêtres du palais du roi ; puis, lorsqu'on s'avisa de l'arrêter à Florence, il se trouva qu'il venait de partir pour la frontière romaine, par train express, avec tout un état-major. On voulut user du télégraphe pour faire rétrograder le train ; mais le télégraphe faillit à son devoir, peut-être par