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CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

la faute d'un employé indocile. Le gouvernement italien ne négligea point d'ouvrir une enquête immédiate sur ce point, et jura de punir le coupable, s'il y avait lieu. Que pouvait-on lui demander de plus? La France ne s'était-elle pas contentée de moins que cela en 1860?

Pendant cet échange de notes diplomatiques, Garibaldi et les siens pénétraient de tous côtés à la fois dans l'Etat pontifical. Vingt-sept gendarmes, qui gardaient la petite ville d'Aquapendente, furent surpris par deux cent cinquante garibaldiens qui, renforcés d'une deuxième bande, marchèrent de là sur Ischia, Valentano, Ganino, pillant les caisses publiques, saccageant les couvents et les églises, et se retirant avec prudence toutes les fois qu'elles rencontraient des forces pontificales en nombre sérieux. Quatre-vingt-cinq zouaves ou soldats de ligne, ayant eu la témérité de les poursuivre à Bagnorea, et de les aborder à la baïonnette, furent repoussés avec perte. Il ne pouvait guère en être autrement, vu l'eflPrayante disproportion numérique. Garibaldi cria victoire avec son emphase ordinaire :

« Salut aux vainqueurs d'Aquapendente et de Bagnorea! Les mercenaires étrangers ont fui devant les valeureux champions de la liberté italienne. Ces bretteurs, avides de sang, ont éprouvé l'exquise générosité des fiers vainqueurs. Oui, vous, prêtres, maîtres raffinés eu bûchers, tortures et prisons, vous qui buvez, avec la joie de la hyène, dans le calice de votre mensonge, le sang des libérateurs, on vous pardonne, ainsi qu'à vos soldats -bourreaux, boue infecte de tous les cloaques san-fédistes... »

Mais avant d'avoir reçu cette proclamation, où l'on parlait de miséricorde dans un style qui la sentait si peu, déjà les vainqueurs d'Aquapendente et de Bagnorea avaient été chassés de leurs faciles conquêtes, et par une ironie des événements que Garibaldi n'avait point prévue, c'étaient eux qui , tombés aux mains des pontificaux , avaient demandé grâce et l'avaient obtenue. On peut même dire que la générosité des soldats . du Pape fut excessive dans cette circonstance, car il se trouva que les vaincus étaient coupables de bien d'autres crimes que celui de soulèvement à main armée. Ils avaient pillé la cathédrale de Bagnorea , brisé le tabernacle, volé les vases

sacrés, pollué l'image de la madone, percé le crucifix de leurs baïonnettes, décapité les statues des saints et, par une infernale parodie, fusillé un homme inoffensif, afin que le sang humain coulât sur l'autel du sacrifice.

A Subiaco, le gouverneur, qui était un prêtre, tomba avec la ville au pouvoir des bandits, et ceux-ci s'apprêtaient à mettre l'une au pillage et peut-être l'autre à mort; mais les pontificaux survinrent. La lutte fut courte. Le chef des garibaldiens ayant été tué, le reste prit la fuite. Ceux qui gardaient le prisonnier se jetèrent à ses genoux : « Pitié, monseigneur, ne nous livrez pas aux zouaves : Ils nous tueraient! » Le gouverneur les fit entrer dans son oratoire, dont il ferma la porte, et lorsqu'arriva le commandant des zouaves, qui lui raconta le combat et lui parla des prisonniers qu'il venait de faire : — « Des prisonniers? tout le monde en fait, dit le gouverneur en riant, et j'en ai aussi, moi, quoique je ne sois pas d'épée comme vous. — Où sont-ils? — Ah! ils sont miens et non vôtres; promettez-moi de respecter en moi le droit absolu du vainqueur, sinon je ne vous les montre point. » Le commandant promit ce qu'on lui demandait. Alors le gouverneur ouvrit la porte de son oratoire et fît sortir les garibaldiens. Les prisonniers ébahis lui demandèrent sa bénédiction. Après l'avoir reçue, ils repassèrent librement la frontière italienne.

L'aff'aire de MonteLibretti , le 14- octobre, fut plus sérieuse. Quatre-vingts zouaves y luttèrent de cinq heures et demie du soir à huit heures contre douze cents garibaldiens. Leur capitaine, Arthur Guillemin , et leur sous-lieutenant Urbain de Quélen , y périrent glorieusement. La nuit venue, les zouaves ne pouvant plus combattre et n'osant s'établir dans les premières maisons qu'ils avaient conquises, quand tout le reste de la ville regorgeait encore d'ennemis, se retirèrent en bon ordre, emportant leurs morts et emmenant douze prisonniers. Ils revinrent à l'assaut le lendemain matin, mais ils trouvèrent la place évacuée.

La violation du territoire pontifical était trop flagrante pour pouvoir être niée plus longtemps, d'autant que le cabinet des Tuileries n'ignorait rien de ce qui se passait. Il se trouvait accidentellement

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