‹ Pie IXChapitre 146 sur 288 · CH.4PITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CH.4PITRE DIX-SEPTIÈME

Deux hommes seulement furent exceptés de l'amnistie pontificale : c'étaient les auteurs de l'atroce explosion de la caserne Serristori; leur crime, en efiet, ne pouvait être considéré comme un fait de guerre , mais comme un lâche assassinat. On fit à ces deux misérables, nommés Monti et Tognetti, un procès régulier qui dura plus d'un an et où les formes de la justice furent strictement observées ; ils furent convaincus et finirent par avouer tout. Ils subirent la peine capitale en demandant pardon à Dieu et aux hommes. Mais une chose que l'avenir aura peine à croire , c'est que le lendemain de cette exécution, la chambre des députés de Florence osa protester solennellement contre elle, et que Victor-Emmanuel protesta comme la chambre. Les sociétés secrètes ouvrirent une souscription pour les veuves des suppliciés ; Victor-Emmanuel s'y associa , et l'on vit un roi glorifier ainsi les gens qui font sauter les casernes. Il est vrai que ce roi était le même qui , en vertu d'un décret rendu par Garibaldi à Naples en 1861 , pensionnait la veuve du régicide Agesilas Milano.

Pie IX entendait autrement les devoirs de la royauté; il senti't que le forfait de Monti et de Tognetti réclamait un exemple , et il fut inexorable : « Un roi, disait-il, doit justice à tout le monde, à commencer par les honnêtes gens , et voilà pourquoi il ne faut pas que les assassins puissent compter sur l'impunité. »

Il ne fut pas le dernier à visiter les garibaldiens blessés, (( ces malheureux dont un grand nombre n'étaient qu'égarés et qui, après tout, étaient ses enfants. » Deux cents d'entre eux avaient été transportés dans une salle basse du fort Saint-Ange. Il les aborda

l'exécution de Borges. Il s'écria à ce propos, avec le cynisme qu'il mettait dans tous ses discours :

« Croyez-vous que si, demain, quelques centaines d'orléanistes débarquaient en armes sur la côte de Normandie, nous nous contenterions de les repousser et les laisserions retourner en Angleterre sains et saufs? Nous les ferions bel et bien fusiller tous! »

A cette déclaration du prince démocrate, un frisson parcourut les rangs des sénateurs, mais il ne se trouva personne pour rappeler que le gouvernement de Louis- Philippe avait fait grâce de la vie, par deux fois, au futur empereur Napoléon III, et que s'il n'eût pas été plus généreux que le prince Napoléon, jamais celui-ci n'aurait habité le Palais-Royal.

seul et leur dit : « Me voici, mes amis; vous voyez devant vous celui que votre général appelle le vampire de l'Italie , vous avez tous saisi les armes contre moi, et vous ne trouvez ici qu'un pauvre vieillard...! Vous manquez de souliers, de vêtements, de linge. Eh! bien, le Pape à qui vous faisiez la guerre va vous en faire donner. Puis il vous renverra à vos familles; seulement, avant de partir, vous ferez un peu de retraite spirituelle pour l'amour de moi. »

Les malheureux révoltés n'en pouvaient croire leurs yeux et leurs oreilles. Les uns se détournaient de lui avec une sombre fureur, comme des démons qui ne veulent pas cesser de haïr. Les autres, plus nombreux, saisissaient cette main paternelle levée sur leurs têtes pour les bénir et l'arrosaient de leurs larmes. Le bon Pape admirait les vues de Dieu, qui tire le bien du mal. <( 0 feUxculpa! ô heureuse faute! disait-il par allusion aux prières du samedi saint; si ces enfants n'avaient pas porté les armes contre moi, peut-être n'auraientils pas fait une aussi sainte mort. »

On fut plusieurs jours en France sans connaître exactement les détails de l'affaire de Mentana. On savait que Garibaldi avait pris la fuite et que l'invasion était repoussée , mais on ignorait si et dans quelle mesure l'armée française avait contribué à ce résultat. Il semblait que le gouvernement redoutât de l'avouer. Lorsque , par la publication du rapport officiel du général, le doute cessa d'être possible, ce fut une explosion de rage dans le parti révolutionnaire. La Révolution avait jusque-là ménagé Napoléon III comme un instrument docile et précieux; elle ne lui pardonna point Mentana.

Mais la France honnête et loyale , la vraie France pensait autre ment que les sociétés secrètes. Loin de regretter ce qui venait d'avoir lieu, elle craignait que ce ne fût pas assez. En effet, Gialdini avait pu ramener piteusement, mais tranquillement les troupes italiennes sur le territoire itahen, sans que personne lui demandât compte de la violation de la convention de septembre; les ministres continuaient à parler de l'unité italienne avec la même complaisance que depuis huit ans, et les journaux officieux de la démagogie, qui étaient en même temps ceux du prince Napoléon, commençaient à réclamer le prompt retour des troupes françaises de Rome, toujours en vertu de

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