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GHA.PITRE DIX-SEPTIEME

cette fameuse convention qui , paraît-il , obligeait la France sans obliger l'Italie. Le Corps législatif s'émut. Non-seulement les députés franchement catholiques qui avaient l'habitude de se séparer du gouvernement sur la question romaine, mais nombre de ceux qui, jusqu'à ce jour, n'avaient jamais laissé paraître la moindre indocilité au moment du vote, résolurent de forcer le gouvernement à une déclaration nette et publique de ses intentions.

La demande d'interpellation fut éloquemment développée par M. Thiers, dans la séance du -4 décembre. Il prouva, ce qui du reste était facile , qu'on ne pouvait tenir aucun compte de la parole de Victor-Emmanuel et des promesses italiennes. (( La maison de Savoie, dit-il, chasse au faucon avec Garibaldi. S'il échoue, on le conduit à Caprera; s'il réussit et prend un royaume, on lui dit : Vous êtes, vous, la Révolution ; votre proie n'est pas à vous, mais à nous, qui sommes l'ordre et la légalité. » L'avocat Jules Favre eut l'impudeur de développer une interpellation en sens contraire et de chercher à justifier l'Italie ; mais ses sophismes ne trouvaient plus d'échos.

M. Rouher, ministre d'Etat, ne put reculer. Il fît un long discours où il défendit la politique de Napoléon III contre l'une et l'autre interpellation et où il s'enferma de nouveau dans cette incroyable chimère de ne vouloir sacrifier ni l'unité italienne à la papauté temporelle, ni la papauté temporelle à l'unité italienne. D'un côté, M. Jules Favre lui objecta que l'Italie, et entre autres M. Menabrea, chef actuel du cabinet de Florence, dont le ministre français venait de louer la sagesse et la modération, ne cessait de déclarer indispensable la possession de Rome (i) ; de l'autre côté de nombreux murmures protestèrent contre l'injurieuse égalité qu'on mettait entre les droits du Pape et ceux de l'Italie, entre la victime et son bourreau. M. Rouher sentit la majorité prête à échapper, pour la première fois depuis seize ans , au gouvernement impérial. 11 se retourna vers Jules Favre et lui déclara « qu'il n'était d'accord avec lui sur aucun point, qu'il repoussait absolument sa politique; » ensuite, s'adres-

(1) M. Ratazzi avait donné sa démission après la bataille de Mentana.

sant aux conservateurs , il affirma qu'on défendrait Rome contre l'Italie tant que la conciliation désirée n'aurait pas eu lieu, que jamais, jamais la France n'abandonnerait Rome. Il finit par conjurer la Chambre de se serrer autour du gouvernement qui, pour gage de sa résolution, venait de donner la bataille de Montana.

Des acclamations prolongées accueillirent cette déclaration, et la presque unanimité du vote ne fut plus douteuse.

Cependant, une fois la première émotion passée, on crut démêler encore un reste d'équivoque dans une affirmation si claire en apparence. M. Berryer, glorieux vétéran de la tribune française, observa que l'expression de Rome toute seule n'était point satisfaisante, et qu'il ne fallait pas laisser au gouvernement la faculté de livrer un jour la banlieue en conservant la capitale. Un groupe considérable de députés appuya aussitôt cette observation, tant, avec Napoléon III, il fallait se défier des subterfuges. M. Rouher fut obligé de remonter à la tribune. Il compléta, dit-il, sa pensée et déclara, aux applaudissements de la Chambre, que l'Empereur garantissait nonseulement la ville de Rome, mais le territoire actuel du Saint-Siège dans toute son intégrité.

Telle fut la mémorable séance du 4 décembre 1867, où la volonté delà France s'imposa enfin à son despote; trop tard, malheureusement, pour elle et pour lui. Si les représentants de la nation avaient montré dès le principe la même décision, si l'Empire avait toujours parlé comme au 4 décembre 1867, si surtout il eût agi conformément à ses paroles : ou il ne serait pas tombé , ou il serait tombé avec honneur; mais jamais nous n'aurions vu ni l'unité italienne, ni l'unité allemande, et le drapeau noir de la Prusse ne flotterait pas aujourd'hui sur Metz, Mulhouse et Strasbourg.

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