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CHAPITRE DIX-HUITIÈME

ministre Duruy contre l'éducation chrétienne, et des festins impies du prince Napoléon et du sénateur-académicien Sainte-Beuve, le Vendredi saint. Nous voulons parler surtout de l'apostasie d'un déclamateur sacré, aussi pauvre théologien que brillant phraseur, à gui des amis inconsidérés firent une réputation d'orateur absolument comme d'autres en avaient fait une de stratégiste à Garibaldi. Le progrès de l'ignoble secte des solidaires en Belgique, ceux d'une nouvelle révolution en Espagne, où l'on chassait les religieux et les religieuses au nom de la hberté, enfin la réouverture des clubs à Paris, tout faisait redouter à Pie IX de prochaines catastrophes.

Un deuil de famille attrista aussi l'année 1869. Pie IX apprit que son frère aîné, le comte Gabriel Mastaï venait de faire une chute grave, grave surtout à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Aussitôt il traversa Rome et gravit à genoux la Scala Santa. Peu de jours après on lui annonça la mort du malade. Il s'enferma plusieurs heures dans son appartement, afin de n'avoir point de témoin des larmes que lui arrachait sa douleur; ensuite il se rendit à la basilique vaticane, où il pria longtemps, soit devant le saint Sacrement, soit devant le tombeau des apôtres.

Les divers états qui forment l'union monétaire occidentale, c'està-dire la France, la Belgique, la Suisse, l'Italie et le Saint-Siège, convinrent, sur ces entrefaites, de l'opportune de refondre leurs monnaies divisionnaires d'argent. Un type fut choisi, type que le Portugal, la Grèce, la Roumanie, et d'autres encore adoptèrent à leur tour, et Ton tomba d'accord que chaque état frapperait de cette nouvelle monnaie une quantité proportionnelle à sa population. Sur cette base, l'état pontifical devait émettre quarante millions de francs environ, pour une population de trois à quatre millions d'âmes, y compris les Romagnes et l'Ombrie, sur lesquelles il garde tous ses droits. Il émit les quarante millions, mais le gouvernement de Florence se plaignit, sous prétexte que le Pape ne comptait plus effectivement que six à sept cents mille sujets, et Napoléon III, toujours disposé à complaire à la Révolution, somma Pie IX de retirer de la circulation les trois quarts au moins de sa nouvelle monnaie, pour qu'elle fût refondue à l'effigie de Victor-Emmanuel. La sommation, dans ces

termes, n'était guère acceptable; en outre, l'opération était onéreuse. Pie IX maintint son droit. Les gouvernements français et italien, de concert, fermèrent leurs caisses, et par suite celles de toute l'union monétaire, à toutes pièces d'argent portant la douce et noble figure de Pie IX. Cela sans aucune explication au public.

La bonne foi révolutionnaire s'empressa de suppléer à leur silence. A l'instant la rumeur se répandit que les pièces du Pape étaient à un alliage inférieur. Le Pape fat qualifié de faux monnayeur par les mille voix de la presse impie; on vit le peuple abusé repousser avec colère, comme celle d'un voleur, l'effigie du représentant de la justice sur la terre, et les catholiques eurent cette douleur particulière, qu'au moment où cette tempête de calomnies fut déchaînée, au commencement de 1870, c'était un des leurs, un champion émérite du pouvoir temporel, qui tenait en France le portefeuille des finances. Le trésor pontifical consentit à des sacrifices considérables, afin de diminuer les pertes et les récriminations des détenteurs forcés de son argent, que l'on ne trouvait plus à écouler. Mais vainement des chimistes amis de la vérité firent-ils l'analyse de ce métal décrié, et affirmèrent-ils qu'il était exactement au même titre et de la même valeur que la monnaie de Napoléon III ; ni la presse officieuse, ni la presse officielle ne reproduisirent ces rectifications, et la calomnie subsista. Le temps approchait, hélas! où la France épuisée se verrait trop heureuse de la retrouver encore, cette monnaie pontificale, qu'autrement il lui aurait fallu remplacer par du papier.

Mais le jour était arrivé d'appliquer aux perturbations du monde le grand remède que Pie IX avait annoncé dès 1867. Il publia, le 29 juin 1868, une bulle qui se terminait ainsi :

«... Nous appuyant sur l'autorité de Dieu même et des apôtres Pierre et Paul, de l'avis et avec l'assentiment de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine, Nou,s indiquons par la présente lettre, et convoquons un Concile général qui sera tenu l'année prochaine 1869, dans notre illustre ville de Rome et dans la basilique du Vatican, et qui s'ouvrira le 8 décembre, jour de la fête de l'Immaculée conception de la Vierge Marie, mère de

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