CHAPITRE DIX-HUITIÈME
Dieu, pour être terminé, avec l'aide du Seigneur, à la gloire de Dieu et pour le salut de tout le peuple chrétien.
» En conséquence. Nous voulons et ordonnons que, de toutes leurs résidences, nos vénérables Frères les patriarches, archevêques et évêques appelés par droit ou par privilège à siéger et à donner leur avis dans les conciles généraux, viennent à ce concile œcuménique convoqué par Nous, et ce sous les peines portées par le droit ou la coutume contre ceux qui ne se rendent pas aux conciles, à moins qu'ils ne soient retenus par quelque empêchement dont ils auront à justifier au concile lui-même.
» Nous avons l'espoir que Dieu, qui tient les cœurs des hommes dans sa main, écoutera favorablement nos vœux et fera, par son ineffable miséricorde, que reconnaissant de mieux en mieux quels grands biens découlent en abondance de l'Eglise catholique sur la société humaine, et que cette Eglise est le plus solide fondement des empires et des royaumes, les souverains et les chefs de tous les peuples, particulièrement les princes catholiques, non-seulement n'empêcheront pas nos vénérables Frères ci-dessus mentionnés, mais encore se plairont à les favoriser, à les aider et à les assister avec le plus grand zèle, en tout ce qui peut contribuer à la plus grande gloire de Dieu et au bien du concile. »
Ainsi, renonçant aux traditions antérieures, le Pape s'abstenait d'inviter les princes catholiques à se faire représenter à la grande réunion de la chrétienté. On comprit généralement les trop justes motifs de cette abstention. Comment des hommes qui faisaient profession d'ignorer l'Eglise et Dieu dans leurs actes publics et leurs législations, eussent-ils pu prendre part à des délibérations doctrinales sur les choses divines? Aucun gouvernement n'essaya d'entraver le départ des évêques pour Rome. Ceux qui l'auraient voulu, comme la Bavière, ne l'osèrent pas.
La convocation adressée au monde catholique fut complétée, quelques mois après, par une invitation analogue aux églises orientales qui ne sont plus en communion avec Rome. Pie IX y disait entre autres choses :
« Nous vous conjurons et supplions, avec toute l'ardeur que Nous
â86 PIE IX, SA VIE, SON HISTOIRE, SON SIÈCLE.
pouvons y mettre, de vous rendre à l'assemblée générale des évêques d'Occident et de tout l'univers, comme vos Pères se rendirent au deuxième concile de Lyon et à celui de Florence, afin que renouvelant les lois de l'ancienne charité, et remettant en vigueur la paix des premiers âges, dont le temps nous a fait perdre les fruits, nous voyions enfin, après une trop longue période de division, se lever l'aurore brillante et pure de cette union qui est dans nos vœux. »
Cet appel de Pie IX parut troubler profondément ceux auxquels il s'adressait. Un certain nombre d'évèques schismatiques, ne pouvant contester ses intentions paternelles, inclinaient fortement à accepter ses avances ; mais le patriarche grec de Constantinople ayant refusé même de recevoir la lettre pontificale, aucun n'osa donner l'exemple. Le patriarche arménien non uni répondit qu'il se rendrait au concile; mais il ne vint pas.
Quant aux protestants et autres hérétiques, Pie IX leur écrivit aussi, mais seulement pour les engager à saisir cette occasion d'examiner s'ils sont vraiment dans la vérité et la voie droite du salut. Les évêques anglicans s'étonnèrent et s'irritèrent de n'être point convoqués avec les autres, Rome leur ayant marqué par là qu'elle ne les considère pas comme évêques. Le docteur Cumming, de l'église d'Ecosse, demanda, par l'organe de M^'' Manning, à être admis à présenter devant le concile les arguments qui pouvaient . être allégués en faveur des opinions protestantes. Pie IX lui fît répondre (c qu'on ne pouvait infirmer, en les mettant de nouveau en question, les décisions des conciles antérieurs, ni discuter ce qui a déjà été examiné, ju^é et condamné. » Deux mois après, le 30 octobre 4869, « informé, dit-il, que ses paroles avaient pu être mal comprises, et que certains protestants s'étaient figuré que tout accès auprès du Saint-Siège leur était désormais fermé, » le Pasteur suprême dit dans une nouvelle bulle : « Bien loin de repousser personne, nous allons au-devant de tous... A ceux qui, égarés par leur éducation, croient à la vérité de leurs opinions, nous ne refusons nullement l'examen et la discussion de leurs arguments. Cela ne peut avoir lieu dans le sein du concile; mais il ne manque point de savants théologiens que nous leur désignerons et auxquels ils pour-