CHAPITRE DIX-HUITIEME
ront ouvrir leurs âmes... Puisse- t-il y en avoir beaucoup qui prennent cette ligne de conduite et la suivent avec bonne foi!... Nous prions instamment le Dieu de miséricorde d'amener cet heureux résultat... »
Cependant des commissions, présidées par des cardinaux, élaboraient activement la tâche immense réservée au Concile. Ces commissions se composaient des plus célèbres représentants de la science sacrée dans toutes les parties du globe , et c'est un honneur immortel que d'avoir fait partie de l'une d'elles. Mais , on a pu le regretter depuis , la préparation du Concile dépassa malheureusement l'enceinte de ces commissions. On ne doutait point que la définition de l'infaiUibihté du siège de saint Pierre ne fût proposée. Les uns la souhaitaient avec ardeur et marquèrent peut-être prématurément et avec trop peu de mesure leurs espérances ; d'autres la redoutaient , et en prenant le public à témoin de leurs anxiétés , fournirent, généralement sans le vouloir, des armes aux malintentionnés et aux indociles.
Le foyer d'agitation de ces derniers était en Bavière. Là régnait un artiste couronné , dont on n'a jamais bien connu les goûts et les opinions personnelles , si ce n'est en musique. Son ministre, le prince de Hohenlohe , et le prévôt de la cathédrale de sa capitale, le chanoine Dolhnger, se préparaient ouvertement et de gaieté de cœur, à livrer à la Prusse l'autonomie politique de son royaume, en même temps qu'ils essayaient de décatholiciser son peuple, pour le dénationaliser plus sûrement.
Dans un discours tenu plus tard devant ses électeurs au Reichstag, à Lulmbach, en octobre 1874, le prince de Hohenlohe s'est glorifié lui-même des projets de ligue générale que, sous son impulsion et avec l'appui énergique et constant de M. de Bismarck, le gouvernement bavarois voulut former entre tous les Eats chrétiens contre le Concile. Mais, dit-il, les puissances entièrement catholiques , telles que la France et l'Autriche, firent à sa circulaire du mois d'avril 1869 des réponses purement négatives, et leur abstention frappa d'impuissance le « bon vouloir » du petit Etat bavarois et du chancelier de la Confédération, en majeure partie protestante, de l'Allemagne du Nord.
Quant au chanoine DÔllinger, il avait d'abord rêvé de diriger le Concile. Il se figurait y avoir des droits , en raison de son érudition incontestée et des services qu'il avait pu rendre autrefois. Voyant qu'il n'y était pas même appelé, et qu'une série de pamphlets lancés par lui sous le pseudonyme de Janus étaient restés sans effet, il jeta le masque et signa résolument une brochure nouvelle : Considérations pi'oposées au Concile, dans laquelle il déniait à l'Eglise romaine toute autorité spéciale et supérieure sur les autres églises. On comprit dès lors qu'il ne se soumettrait pas aux décisions que le Concile pourrait prendre à rencontre de ses opinions personnelles ; ou plutôt DÔllinger était déjà schismatique.
JEn France , il était difficile que le gallicanisme attendît , sans chercher à le détourner , le coup qui allait le frapper à mort. M^'' Maret , évêque in partibus de Sura , chercha compendieusement à établir que l'infaillibihté de l'Eglise n'a pas et ne saurait avoir son expression dans les Papes , mais seulement dans les Conciles ; il oubliait que l'infailUbilité n'étant dans l'Eglise que par un miracle, il n'est pas plus difficile à Dieu de la conférer à un homme qu'à une assemblée , et que d'ailleurs peu importe ce qui nous paraît convenable ; il s'agit uniquement de savoir quelle a été la volonté du divin fondateur. L'abbé Gratry, adversaire plus dangereux parce qu'il était plus lu , combattit la thèse infaillibiliste à un autre point de vue. Il prétendit, avec plus d'éclat que de justice et de prudence, que Rome pouvait errer, puisqu'elle avait erré une fois dans la personne du Pape Honorius. Don Guéranger, abbé de Solesmes, et M. Amédée de JVIargerie élucidèrent victorieusement ce point d'histoire enténébré à dessein par les Grecs. Enfin, de pieux et illustres docteurs , dont les intentions ne pouvaient être suspectes, sans s'attaquer au fond même de la question , se prononcèrent publiquement contre l'opportunité d'une définition infaillibihste. Tels furent plusieurs évêques de l'Allemagne et des Etats-Unis d'Amérique, et surtout le grand évêque d'Orléans, W^ Dupanloup. Mais ils trouvèrent de dignes contradicteurs dans d'autres évêques moins impétueux peut-être et moins brillants que M^'' Dupanloup , mais aussi considérables par leurs mérites et leur situation, et élevés dans d'autres doctrines. Ce