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CHAPITRE DIX-HUITIÈME

furent, pour eu citer quelques-uns seulement, M^"" Manning, archevêque de Westminster, M^"" Dechamp, archevêque de Malines, M^"" Plantier, évêque de Nîmes, M^'' Roess, évêque de Strasbourg.

Les anti-opportunistes étaient frappés surtout des persécutions que la proclamation attendue pourrait attirer de la part du pouvoir civil. L'événement, on doit le reconnaître, a justifié leurs craintes; mais si leur prudence y voyait loin. Dieu y voyait plus loin encore. Ces nouvelles tempêtes étaient nécessaires à l'Eglise , en Allemagne et ailleurs.

Le monde se partageait entre les deux camps. L'ardeur était immense; elle s'exprimait par des souscriptions, par des adresses, par des écrits de toute sorte. Les incrédules, non moins attentifs que les fidèles , s'étudiaient avec une. secrète joie à envenimer la querelle. Ils songeaient à Dôllinger et n'avaient pas assez remarqué ces nobles paroles de M^"" Dupanloup : « Je vais au Concile , appelé par le Chef suprême de l'Eglise. J'y vais comme juge et témoin de la foi. J'y serai, je l'espère, avec l'aide de Notre -Seigneur, un juge libre, attentif et ferme, sans aucun respect humain, un témoin vigilant et fidèle. Et, le Concile achevé, quelles qu'aient été ses décisions, conformes ou contraires à mes vœux et à mes volontés, je reviendrai, soumis à tout, sans le moindre effort, soumis de bouche, d'esprit et de cœur, docile comme la plus humble brebis du troupeau. »

L'auguste assemblée s'ouvrit au jour fixé. Sept cent soixante-sept évêques y assistaient; c'était beaucoup plus qu'on n'en avait vu à aucun des Conciles généraux précédents. Rome y déploya toute la magnificence, et le Pape toute la suave grandeur qu'on ne se lassait jamais de contempler. Après la messe célébrée par le cardinal Patrizzi et la cérémonie de l'obédience des cardinaux. Pie IX, dans une allocution touchante, exprima sa joie du spectacle qu'il avait sous les yeux, mit les travaux des Pères sous la protection de la Vierge immaculée, exposa les motifs qui lui avaient fait désirer si vivement de les réunir, et le bien immense que l'Eglise attendait de leurs lumières et de leur piété. Il termina en invoquant l'assistance d'en haut : « Conscients de notre infirmité et pleins de défiance en nos forces , nous vous adressons nos prières. Esprit saint ! Versez les clartés de votre grâce

en nos esprits, afin que nous voyions ce qui est juste, ce qui est salutaire, ce qui est le meilleur. Dirigez, échaufiez, inspirez nos cœurs , afin que les actes du Concile soient régulièrement commencés , heureusement poursuivis et salutairement terminés ! »

Janus (Dôllinger) avait prévenu le monde, d'avance et en plusieurs langues, que le Concile ne serait pas libre. Dès les premières séances les faits démentirent cette prédiction et l'on vit se produire des postulata de tendances très-opposées. Ainsi, lorsque s'ouvrit, le d4 avril 1870, la discussion concernant la discipline de l'Eglise, quarante signataires, suivis bientôt de quatre cent cinquante autres, demandèrent avec instances qu'on voulût bien affirmer, par un décret conciliaire, que l'autorité du Pontife romain est souveraine dans les questions de foi et de mœurs, et que ses enseignements ex cathedra sont infaillibles. En même temps un autre postulatum était remis à chaque évêque et rappelait : 1° la nécessité de réprimer et de modérer certains journaux catholiques ; 2° les précautions à prendre pour que le Concile ne fût pas troublé par l'imprudence des journaux indisciplinés ; 3° qu'il ne fallait pas faire de nouvelles définitions de foi, sinon pour une cause d'absolue nécessité.

Ce dissentiment dans le sein du Concile retentit au loin « par l'indiscrétion de quelques-uns de ses membres qui, au mépris du règlement et par la violation du secret rigoureux dont les assemblées synodales se sont toujours fait une loi , livraient chaque soir aux correspondants et affiliés de la presse les détails intimes de nos sessions, détails souvent dénaturés et travestis. » Ainsi s'exprime M^'de Poitiers, dans son instruction synodale du 17 juillet 1871. Un historien non moins éminent et non moins autorisé du Concile, M^"" Manning, archevêque de Westminster , a expliqué de son côté comment l'attention, l'espérance et la joie du monde anti- catholique se trouvèrent alors excitées au plus haut point : (( On s'imagina , dit-il, que les doctrines romaines allaient avoir le dessous , que le Concile du Vatican en finirait avec celui de Trente , ou du moins lui donnerait quelque nouvelle et plus large interprétation, qu'il en viendrait à quelque compromis, à quelque transaction avec d'autres systèmes religieux, ou qu'au moins il accommoderait la raideur dogmatique à

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