‹ Pie IXChapitre 153 sur 288 · CHAPITRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME

la pensée moderne. Les mille voix de la presse protestante ou sceptique saluèrent la formation, comme elles le croyaient, d'une opposition internationale composée , disait-on, d'une centaine d'évêques. Il se trouva immédiatement, par une merveilleuse disposition des choses, que la théologie , la science, la puissance intellectuelle , la pénétration de la logique, l'éloquence , la candeur, la noblesse de l'âme, l'indépendance de l'esprit, le courage et l'élévation du caractère resplendirent sans exception dans la minorité. La majorité, au contraire, n'était qu'une mer morte de superstitions , d'étroitesse, d'esprit de sottise, d'ignorance et de préjugés; elle ne renfermait que des fanatiques, sourds à la raison, un troupeau de prélats romains et italiens, ou de pieux mais ignorants vicaires apostoliques. ... De simples particuliers abandonnaient de grands intérêts et de pressants devoirs afin de demeurer à Rome et d'y soutenir l'opposition. Une ligue internationale de journaux s'était formée à cet effet. Une feuille anglaise des plus autorisées annonçait que les évêques de la majorité étaient incapables de parler latin et que « le cardinal Altieri (lequel était mort depuis trois ans), et qui les réunissait chez lui , était hors de sens. — Qu'y a-t-il là, demandait le correspondant d'un autre journal, dans ces sept cents vieux hommes vêtus d'habits blancs et portant de grands bonnets de papier? Les évêques d'Orient, ajoutait-il, ont refusé de porter des mitres blanches. » (Et avec raison, puisqu'ils n'en portent jamais.) u L'évêque de Thun a attaqué l'évêque de Sura avec une violence qui menaçait de dégénérer en rixe personnelle. » (Or il n'existe pas d'évêque de Thun). Je considérai alors moi-même comme un devoir de dire : « Lisez avec soin les correspondances de Rome publiées en Angleterre , prenez le contre-pied, et vous serez assez près de la vérité. » Les journaux hostiles des pays catholiques se montraient assurément moins ridicules. Ils écrivaient avec animosité, mais on sentait chez eux des informations malheureusement authentiques. Les récits des événements qui se passaient jour par jour sous mes yeux étaient si près de la vérité, ils en étaient en même temps si éloignés, ils étaient si littéralement exacts et si faux matériellement, que j'ai pour la première fois compris comment Paolo Sarpi a pu écrire son Histoire du Concile de Trente...

(( Mais, continue M^'" Manning, cet étrange enthousiasme reçut un rude coup du vote de la première constitution sur la foi , De flde. Cette constitution avait été si violemment attaquée et , à ce qu'on supposait, si complètement mise en déroute , qu'on se figurait que, si elle était votée, elle ne le serait qu'à grand'peine , ou qu'au moins il resterait contre elle une imposante minorité. Aussi ne vit-on pas sans une vive surprise le Concile tout entier , alors composé de 664 Pères, l'affirmer par un vote unanime. Je me rappelle que lorsque les placet de ceux qu'on appelait les chefs de l'opposition résonnèrent dans la salle du Concile, certains hauts personnages diplomatiques se regardèrent les uns les autres d'un air significatif. Cette majestueuse unanimité, après toutes les prétendues altercations intérieures, était aussi embarrassante qu'incontestable. Le monde commença à craindre de s'être trompé, et l'on s'aperçut vite du changement de ton des correspondants de journaux. Ils se mirent à parler de toutes choses, sauf de cette unanimité ; puis ils devinrent progressivement irrités, amers, enfin silencieux, et autant le moindre bruit qui venait de Rome, six mois auparavant, avait été l'objet d'une attention passionnée, autant furent surprenants le calme et l'indifférence qui accueillirent, dans les feuilles non cathoKques, le couronnement des travaux du Concile (1). »

Pie IX^ au milieu de ces agitations, conservait son inaltérable sérénité. Il disait qu'il y a dans un Concile trois périodes : la période du diable, qui est courte ; la période de l'homme, qui est plus ou moins longue ; enfin la période du Saint-Esprit, qui a le dernier mot et termine tout magnifiquement.

Au sujet des journaux catholiques à qui certaines personnes le suppliaient d'imposer silence, comme à la principale cause des dissensions , il répondait ce qu'il avait déclaré déjà plus d'une fois : (c Bien volontiers , mais à la condition qu'il n'y aura pas non plus des journaux anti- catholiques. Ces derniers doivent-ils être les seuls à parler? Je ne dis pas que les écrivains catholiques ne puissent pas

(1) Ms' Manuing, archevêque de Westmiuster, Histoire du Concile du Vatican.

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