CHAPITRE DIX-HUITIÈME
la basilique de Saint-Pierre, se sont revêtus, dans les chapelles à ce destinées , des ornements pontificaux, et, après avoir adoré le saint Sacrement, se sont rendus individuellement à la salle conciliaire, où ils ont pris chacun leur place habituelle.
» A neuf heures , une messe basse du Saint-Esprit a été célébrée par M^"" Barilli. Elle finissait quand le souverain Pontife a fait son entrée, revêtu des ornements pontificaux et suivi de sa cour... Tous les Pères étant à genoux, il a commencé par la belle prière au Saint- Esprit : Adswnus, Domine, sancte Spiritus, cette longue et admirable série d'hymnes, de litanies, d'oraisons , qui n'a guère duré moins d'une heure.
» Aux litanies des saints, après l'invocation : Ut Domnum apostolicum, et omnes ecclesiasticos ordines in sanctâ religione conservare digneris... Te rogamus... Le Pape s'est levé : puis, la mitre en tête, et tenant dans la main gauche la croix au heu du bâton pastoral, il a béni par six fois le Concile en disant :
» Ut hanc sanctam Synodum , et omnes gradus ecclesiasticos benedicere digneris !
» Ut hanc sanctam Synodum, et omnes gradus ecclesiasticos benedicere, et regere digneris!
» Ut hanc sanctam Synodum, et omnes gradus ecclesiasticos benedicere, regere et conservare digneris!
» Te rogamus, audi nos! a répondu le peuple des fidèles en unissant sa voix à celle de tous les Pères du Concile.
» Les litanies terminées, le cardinal Annibal Capalti a chanté, suivant le cérémonial ordinaire, l'Evangile tiré du chap. xvi, vers. 13 et suivants de saint Matthieu.
» Arrivé à la fin des prières prescrites , le maître des cérémonies pontificales se disposait à prononcer le : Exeant omnes, et à faire fermer les portes de la salle conciliaire; mais, sur un ordre du Pape, la session est demeurée entièrement pubHque jusqu'au bout, comme dans les trois autres sessions précédentes.
» M^' Fessier, évêque de Saint-Hippolyte et secrétaire du Concile, accompagné de M^^ Valengiani, évêque de Fabriano, s'est rendu au pied du trône pontifical, a baisé le genou de Sa Sainteté, et a reçu
de ses mains le texte de la Constitution De Ecdesiâ Christi. L'ayant transmis à M^'" Valengiani , celui-ci est monté en chaire et a donné lecture de la Constitution dogmatique tout entière. Il a lu le titre de la Constitution debout et la tête découverte ; puis , s'étant assis et couvert, il a poursuivi sa lecture. Celle-ci achevée, il s'est levé ds nouveau et a interpellé les Pères du Concile en leur disant : Rêverendissimi Patres, placentne vobis décréta et canones qui in hâc Constitutione continentur?...
» On a procédé alors à l'appel nominal des Pères en commençant par les cardinaux et les patriarches , suivant l'ordre hiérarchique et l'ancienneté. Les Pères, à l'appel de leur nom, ont répondu par les mots placet ou non placet.
» Tous les membres qui avaient donné un non placet dans la dernière congrégation se sont abstenus de se rendre au Concile. Un grand nombre d'entre eux avaient quitté Rome dès la veille. Les archevêques de Reims, d'Avignon , de Sens , l'évêque de Viviers, appartenant à la minorité , se sont réunis à la majorité et ont donné un placet.
» Les suffrages ont été recueillis et inscrits par les prélats scrutateurs et pronotaires du Concile , au fur et à mesure qu'ils étaient donnés. Le recensement terminé, les scrutateurs, les pronotaires et le secrétaire du Concile se sont présentés au trône pontifical et ont rendu à Sa Sainteté le résultat suivant :
» Votants, 546 ; — placet, 538 ; — non placet, 2. Les deux Pères qui ont donné un non dans cette circonstance solennelle, sont : M^'' Louis Riccio, évêque de Casazzo (royaume de Naples), et M^' Edouard Fitz- Gérald, évêque de Petricola ou Little-Rock aux Etats-Unis (1).
» Après avoir pris connaissance du résultat de ces suffrages, le souverain Pontife, debout, la mitre en tête, proclama et sanctionna, de son autorité suprême, les décrets et les canons de la première
(1) Cette opposition de deux membres seulement n'était pas suffisante pour briser l'unanimité finale des Pères du concile; elle l'était seulement pour constater leur pleine liberté. Les ennemis de l'Eglise ne cachèrent pas qu'ils auraient préféré l'unanimité absolue , qui leur eût permis de faire croire à une compression.