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CHAPITRE DIX-HUITIEME

Constitution dogmatique De Ecclesia Christi, en prononçant solennellement les paroles suivantes : Décréta et canones, qui in Constitutione modo lectâ continentur placuerunt fere omnibus Patribus. Nosque, sacro approbante Concilio, illa et illos, ut lecta sunt, definimus, et Apostolicâ auctoritate confirmamus.

» Le Pape voulut, dit-on, prendre la parole aussitôt après le vote, mais à ce moment il se fît un tel mouvement dans l'assemblée, une telle explosion de cris : o Vive Pie IX ! Vive le Pape infaillible ! » que le Saint-Père dut attendre. Quand il put parler, ce fut d'une voix solennelle qu'il prononça ces paroles :

» L'autorité du souverain Pontife est grande , mais elle ne détruit pas, elle édifie. Elle soutient et très-souvent défend les droits de nos frères , c'est-à-dire les droits des évêques. Que si quelques-uns n'ont pas bien voté avec nous, qu'ils sachent qu'ils ont voté dans le trouble , et qu'ils se rappellent que le Seigneur n'est pas dans le trouble. Qu'ils se souviennent aussi qu'il y a peu d'années ils abondaient dans notre sens , et dans le sens de cette vaste assemblée. Quoi donc ? Ont-ils deux consciences et deux volontés sur le même point? A Dieu ne plaise. Nous prions donc le Dieu qui seul fait les grandes merveilles , d'illuminer leur esprit et leur cœur, afin qu'ils reviennent au sein de leur Père, c'est-à-dire du souverain Pontife, Vicaire indigne de Jésus-Christ, afin qu'il les embrasse et qu'ils travaillent avec nous contre les ennemis de l'Eglise de Dieu. Fasse, oh ! fasse Dieu qu'ils puissent dire comme saint Augustin : « Mon Dieu, vous nous avez donné votre admirable lumière, et voici que je vois.» Ah ! oui, que tous voient ! Que Dieu répande sur vous ses bénédictions !

» Les promoteurs et les protonotaires du Concile se sont alors approchés du trône et ont demandé l'autorisation de dresser procès verbal de ce qu'ils avaient vu et entendu Ensuite le Pape a entonné le Te Deum... »

Au moment même où avait lieu la proclamation , un orage qui grondait sourdement sur Rome depuis le matin éclata subitement et ébranla les voûtes de Saint-Pierre ; un éclair immense enveloppa tous les assistants. La foudre ne cessa de retentir jusqu'à la fin de la

lecture. Tout le monde pensait au Sinaï, et la révélation nouvelle semblait descendre sur le peuple, comme la loi de Moïse, au milieu des tonnerres et des éclairs. Mais tout d'un coup, aux derniers mots seulement, un grand calme se fit dans l'atmosphère, et, au moment où Pie IX entonna le Te Deum, un rayon de soleil illumina en plein son noble et doux visage. Le chœur de la chapelle Sixtine , qui devait continuer ce Te Deum, ne put se faire entendre ; les voix furent couvertes par celles des évêques et de la foule.

Le Concile du Vatican est l'événement le plus grave, non-seulement de l'année 1870, pourtant si bruyante et si terrible, mais encore, on peut le dire, de tout le xix^ siècle. Ses travaux, il est vrai, sont restés interrompus ; mais en déclarant obligatoires, nettement et sans subterfuges, les décisions doctrinales du Saint-Siège, il a indirectement rangé parmi les opinions contraires à la foi tout ce que condamne le Syllabus, et proclamé avec Pie IX que le libéralisme, tel qu'il l'a défini, est une erreur incompatible non-seulement avec la saine philosophie, mais avec la doctrine révélée. Grâce à lui, nous savons de quel mal souffre la société contemporaine, nous connaissons le remède, et seuls, à l'heure si troublée où nous sommes, nous pouvons dire d'où viendra le salut.

Les évêques opposants s'inclinèrent, une fois la sentence rendue. Tous, sans en excepter M^'' Strossmayer, évêque de Sirmium, qui fut le plus éloquent orateur de la minorité au Concile, et qui , ensuite, parut hésiter le plus longtemps, finirent par promulguer les décrets dans leurs diocèses. Après Nicée, après Chalcédoine et Constantinople, il n'en avait pas été ainsi. Toujours et fatalement une hérésie nouvelle est la conséquence d'une nouvelle définition du dogme ; mais c'était la première fois que cette hérésie n'entraînait aucun évêque.

Toutefois, les imprudentes provocations adressées durant le Concile aux prélats orientaux pour les entraîner dans l'opposition, faillirent avoir des conséquences graves. Dans ces pays peu éclairés, où toutes les questions religieuses se compliquent de questions de nationalités, c'est toujours un danger que de fournir le moindre aliment à l'obstination naturelle et aux susceptibihtés locales. Le

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