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CHAPITRE DIX-HUITIEME

patriarche chaldéen fut trois ans entre le devoir et la révolte, et une partie des Arméniens catholiques prit prétexte des dissentiments conciliaires pour s'enhardir dans sa résistance déjà ouverte à la Constitution pontificale du 4 juillet 1867, connue sous le nom de bulle Reversurus.

Cette bulle, en réglant le mode d'élection des évêques arméniens, avait eu pour objet de mettre fin aux déchirements et rivalités intérieures de cette nation si prospère et si progressive. Elle les calma d'abord mais dénaturée ensuite par la mauvaise foi, elle les raviva. Les religieux Antoniens de Rome et quelques laïques brouillons de Constantinople , rejetèrent ouvertement l'autorité de M^"" Hassoun, leur patriarche légitime. Pie IX leur envoya M^'' Pluym , avec une mission toute conciliatrice; mais soutenus par le représentant de Victor-Emmanuel, et aussi, paraît-il, par l'ambassadeur de France, M. Bourée, ils ne voulurent rien entendre et, le 30 mars 1870, le Saint-Siège les frappa des censures ecclésiastiques.

En Allemagne, nous l'avons déjà remarqué, l'école de Munich n'avait pas attendu la décision conciliaire pour se mettre de fait hors de l'Eglise. Non-seulement elle était disposée à reprendre pour son propre compte ce qu'il y eut de plus excessif dans les prétentions gallicanes, dont la France ne voulait plus, mais elle tombait dans le rationalisme, dédaignait la tradition et subordonnait la science théologique à la philosophie. Cette contagion, déjà signalée plusieurs fois par Pie IX à la sollicitude de l'épiscopat allemand , se généralisait de plus en plus dans les Universités. Elle n'avait pas encore attaqué le peuple, mais elle devait le gagner infailliblement du jour où le corps sacerdotal en serait imbu. Il- fallait couper le mal dans sa racine, et il n'était que temps : la suite le prouva.

DôUinger, et avec lui une soixantaine de docteurs et quelques milliers de fidèles disséminés par toute l'Allemagne, la Suisse et l'Autriche allemande, prétendirent avoir raison tout seuls contre le Concile. L'Eglise, disaient-ils, par un raisonnement qu'ont pu faire tour à tour toutes les erreurs à mesure qu'un Concile les déclarait hérétiques , l'Eglise acceptait un dogme nouveau , l'Eglise avait changé, l'Eglise n'était plus l'Eglise; ou plutôt l'Eghse véritable,

l'Eglise ancienne, c'était eux-mêmes. Ils prirent audacieusement le titre de Vieux- Catholiques. Mais d'un côté le défaut d'évêques, de l'autre l'isolement où les laissaient les masses populaires , rendait très -laborieux l'enfantement d'une religion nouvelle. La faveur des gouvernements civils vint à leur aide et leur prêta une vitalité factice.

Mais cette faveur ne se trahit pas ouvertement dès le principe. L'homme dans les mains duquel l'Allemagne était un instrument passif, M. de Bismarck ne pouvait pas encore la livrer aux Vieux- Catholiques : il avait encore besoin des vrais catholiques, c'està-dire des catholiques sans épithète.

Mais qu'allait faire la France, et que résulterait-il des menaces de Napoléon III et de ses ministres Ollivier et Daru?

Napoléon III et ses ministres n'eurent que le temps de manifester leur mauvais vouloir. L'heure de la justice avait sonné, et Dieu montrait à cette politique qui si longtemps s'était jouée de lui, qu'il sait, lui aussi , quand il veut, faire et faire vite.

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