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CHAPITRE DIX-NEUVIÈMË

il cessait de régner. C'était dix ans, jour pour jour, après la fameuse entrevue de Ghambéry. Dieu, à son tour, a faisait et faisait vite. »

Les libéraux se trouvèrent si peu ralliés à sa cause, que pour avancer de quelques jours sa déchéance, ils n'hésitèrent pas à compléter la désorganisation du gouvernement et à faire une révolution en face de l'invasion victorieuse. Quant aux conservateurs, l'Empereur lui-même avait pris soin d'adoucir les regrets qu'ils auraient pu éprouver de sa chute. Dès avant l'ouverture des hostilités, il avait oublié le Jamais de M. Rouher, et rappelé de Rome la petite armée française.

On était loin de se douter, à ce moment, que ces quatre ou cinq mille soldats dussent être indispensables en France. M. de Gramont eut soin de le constater dans sa note du 31 juillet à M. de Banne ville : « Assurément, disait-il, ce n'est pas par une nécessité stratégique que nous évacuons l'Etat romain ; mais la nécessité politique est évidente..., nous devons nous concilier les bonnes dispositions du cabinet italien. )> Viterbe fut évacuée le 2 août, nos derniers soldats s'embarquèrent à Civita-Vecchia, partie le 4, partie le 6. Ces mêmes dates furent celles de nos premiers revers : Wissembourg, Wœrth, Spikeren. Le châtiment commençait.

Ainsi, loin d'hésiter devant un acte qui, au point de vue purement politique, impliquait vis-à-vis de l'Europe au moins un aveu de faiblesse, Napoléon III l'avait accompli prématurément. Sa précipitation sentait plutôt la joie que la tristesse. Il trouvait enfin l'occasion longtemps cherchée de compléter ses heureuses combinaisons d'au delà des Alpes et de couronner le chef-d'œuvre de son règne : pouvait-on croire à la sincérité de ses regrets ? La circulaire suivante de M. Visconti Venosta, ministre des affaires étrangères d'Italie, jette sur ses véritables sentiments une triste lueur :

« Les événements actuels, écrivait M. Visconti Venosta, de Florence 29 août, à ses représentants à l'étranger, les événements actuels ont avec la question romaine des rapports sur lesquels plusieurs gouvernements ont cherché à connaître nos vues... Le gouvernement du roi n'a aucune difficulté à s'expliquer sans réticence à cet égard...

» Les accords du 15 septembre 1864 n'étaient pas la solution de la question romaine. Ils posaient seulement cette question dans des conditions telles qu'elle put aboutir sans secousse à son dénoùment. Mais, par une conséquence de la situation troublée qui existe en Europe depuis 1866, la convention n'a pas suffi à écarter les causes extérieures qui empêchent la solution de la question romaine...

» Dans ses rapports avec l'Italie, la cour de Rome a cru devoir se refuser même aux tempéraments les plus transitoires et de simple administration. Elle a pris l'attitude d'un gouvernement ennemi établi au centre de la Péninsule, enrôlant des forces étrangères et leur donnant le caractère d'une armée de réaction... Les conséquences d'une pareille situation en présence de la guerre actuellement engagée et des complications qui pourraient encore s'en suivre sont graves pour nous..., c'est la force des choses qui nous fait sentir plus impérieusement que jamais la nécessité de résoudre la question romaine. C'est faire acte de prévoyance que d'aborder pratiquement le problème.

» Depuis dix ans, dans le cours de négociations souvent reprises et toujours interrompues par les événements politiques, les bases possibles d'une solution définitive ont été confidentiellement reconnues, en principe, et subordonnées seulement à des conditions d'opportunité et de convenances politiques, par la France aussi bien que par d'autres puissances... »

Ainsi, d'après M. Visconti Venosta, les bases d'une solution nouvelle et définitive de la question romaine avaient été confidentielle^ ment reconnues en principe, et subordonnées seulement à des conditions d'opportunité. Ces paroles, rapprochées du fait du rappel prématuré des troupes françaises, attestent que l'Empereur n'avait renoncé à aucune de ses illusions, à aucune de ses complaisances révolutionnaires. Il n'attendit point d'être vaincu pour abandonner la Papauté.

La Révolution, toujours prête à calomnier le Saint-Siège, prêta à Pie IX, lors de nos premiers désastres, un mot cruel qui fit le tour de la presse française : « Enfin, le coq gaulois chantera un peu moins haut, maintenant qu'on lui a rogné la crête. » En même

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