CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
M^'Guibert, archevêque de Tours, dont le palais servait de résidence à la Délégation du gouvernement :
« ... Ne négligez rien, nous vous en conjurons , pour amener vos illustres hôtes à ne pas prolonger cette guerre... Nous n'ignorons point toutefois que cela ne dépend point d'eux seuls , et que nous poursuivrions sans résultat la grande œuvre de paix qui nous préoccupe , si notre pacifique ministère ne trouvait également de l'appui auprès du vainqueur. Aussi n'avons -nous pas hésité à écrire à cet effet à Sa Majesté le roi de Prusse. Nous ne pouvons sans doute rien affirmer au sujet de l'issue favorable de notre démarche. Ce qui nous donne néanmoins quelque espoir, c'est que ce monarque, en d'autres circonstances , a toujours fait preuve de beaucoup de bon vouloir envers nous... »
Malheureusement les hommes présomptueux qui s'étaient alors arrogé la mission"' difficile de sauver le pays , étaient incapables d'écouter un bon conseil, surtout un conseil donné par un Pape. Quant au roi de Prusse et à son ministre, ils étaient de ceux que la victoire enivre et que le pouvoir de tout oser rend incapables de modération. Pie IX ne les connaissait pas encore.
Les instances de M^"^ Guibert auprès de MM. Crémieux, Glais-Bizoin et Gambetta, ne furent pas plus heureuses que celles de M^"" Ledochowski, archevêque de Posen, qui vint exprès trouver le roi Guillaume à Versailles. Elles furent même accueillies, dit-on, avec moins d'égards dans les formes, bien qu'il ne semble pas que Guillaume ait daigné répondre cette fois à Pie IX.
En dépit de ces mécomptes , la confiance du doux Pontife dans la nation de Charlemagne et de saint Louis n'était pas ébranlée. Lorsque tout semblait perdu pour lui et pour nous , il disait : a Malgré tout , c'est sur la France que je compte ! » Il dit une autre fois : (c La France a été labourée , son sol est trempé de sang ; la semence divine y germera bientôt pour produire de grands fruits. »
Victor-Emmanuel, de son côté, s'affligeait sans doute de l'effondrement de l'Empire , qui l'avait fait roi d'Italie , mais son ambition ne pouvait que gagner à l'effondrement de la France. Il le montra bien et, dès le 7 septembre . M. Visconti Venosta expédiait une nou-
velle circulaire où Ton ne trouvait plus rien des hésitations et de la phraséologie obscure de la précédente :
« Le gouvernement du roi n'a eu que trop d'occasions de signaler, dans ces dernières années, les dangers de l'antagonisme qui existe entre le gouvernement pontifical et l'Itahe. Ces dangers , qui ont été reconnus souvent par les puissances , n'avaient cependant pas alors le caractère de gravité décisive qu'ils prennent aujourd'hui, et dont je vous ai prévenu par ma circulaire du 20 août dernier.
» S'il est une maxime reconnue par toutes les autorités en droit positif, c'est que chaque gouvernement a le droit et le devoir de pourvoir à sa propre conservation... Or, l'Italie obligée, comme les pays voisins des deux nations belligérantes, de ne rien négliger pour sauvegarder sa sécurité , en est empêchée par l'état de choses que maintient, dans une enclave de la Péninsule, un gouvernement théocratique en hostilité déclarée avec l'Italie , et dont le territoire offre une base d'opération à tous les éléments du désordre...
» Aujourd'hui que la guerre entre la France et l'Allemagne a pris un caractère extrême... Sa Majesté le roi, gardien et dépositaire de l'intégrité et de l'inviolabilité du sol national , intéressé comme souverain d'une nation catholique à n'abandonner à aucun accident le sort du Chef de l'Eglise , prend , comme il le doit , avec confiance , en face de l'Europe et de la catholicité , la responsabilité du maintien de l'ordre dans la Péninsule, et de la sauvegarde du Saint-Siège.
» Le gouvernement de Sa Majesté se réserve de ne pas attendre, pour prendre des résolutions en conséquence , que l'agitation signalée sur le territoire pontifical, suite naturelle des événements du dehors , aboutisse à des efî'usions de sang entre les Romains et les forces étrangères. Ce serait sacrifier nos devoirs à un trop facile allégement de responsabihté que de laisser s'exposer au risque de déplorables conflits le Saint-Père, inébranlable dans sa résistance , les Romains qui nous déclarent s'apprêter à revendiquer leurs droits, la sûreté enfin des biens et des personnes dans les provinces. Nous occuperons donc , quand nos informations nous le feront juger opportun , les points nécessaires pour la sécurité commune, en laissant aux populations le soin de leur propre administration... »