CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
sition de la divine Providence et par la volonté de la nation, des destinées de tous les Italiens, je sens le devoir de prendre, en face de l'Europe et de la catholicité, la responsabilité du maintien de l'ordre dans la Péninsule et de la sécurité du Saint-Siège.
» Or, très- Saint-Père, l'état d'esprit des populations gouvernées par Votre Sainteté et la présence parmi elles de troupes étrangères, venues de lieux divers avec des intentions diverses , sont un foyer d'agitations et de périls pour tous. Le hasard et l'effervescence des passions peuvent conduire à des violences et à une effusion de sang qu'il est de mon devoir et du vôtre, très-Saint-Père, d'éviter et d'empêcher.
» Je vois l'inéluctable nécessité pour la sécurité de l'Itahe et du Saint-Siège, que mes troupes, déjà préposées à la garde des frontières, s'avancent et occupent les positions qui seront indispensables à la sécurité de Votre Sainteté et au maintien de l'ordre.
» Votre Sainteté ne voudra pas voir un acte hostile dans cette mesure de précaution. Mon gouvernement et mes forces se restreindront absolument à une action conservatrice et tutélaire des droits facilement conciUables des populations romaines avec l'inviolabihté du souverain Pontife, et de son autorité spirituelle avec l'indépendance du Saint-Siège.
» Si Votre Sainteté , comme je n'en doute pas, et comme son caractère sacré et la bonté de son âme me donnent le droit de l'espérer, est inspirée d'un désir égal au mien, d'éviter tout conflit, et d'échapper au péril d'une violence. Elle pourra prendre avec le comte Ponza di San-Martino, qui lui remettra cette lettre, et qui est muni des instructions opportunes par mon gouvernement, les accords qui paraîtront mieux devoir conduire au but désiré.
» Que Votre Sainteté me permette d'espérer encore que le moment actuel, aussi solennel pour l'Italie que pour l'Eglise et pour la papauté, rendra efficace l'esprit de bienveillance, qui n'a jamais pu s'éteindre dans votre cœur, envers cette terre qui est aussi votre patrie, et les sentiments de conciliation que je me suis toujours étudié, avec une persévérance infatigable, à traduire en actes, afin que, tout en satisfaisant aux aspirations nationales, le chef de la
catholicité, entouré du dévouement des populations italiennes, conservât sur les rives du Tibre un siège glorieux et indépendant de toute souveraineté humaine.
» Votre Sainteté, en déhvrant Rome des troupes étrangères, en l'enlevant au péril continuel d'être le champ de bataille des partis subversifs, aura accompli une œuvre merveilleuse, rendu la paix à l'Eghse, et montré à l'Europe épouvantée par les horreurs de la guerre, comment on peut remporter des victoires immortelles par un acte de justice et par un seul mot d'affection.
» Je prie Votre Sainteté de vouloir bien m'accorder sa bénédiction apostolique, et je renouvelle à Votre Sainteté l'expression des sentiments de mon profond respect. »
Arrivé à Rome, M. Ponza di San-Martino fit sa première visite au cardinal Antonelli , qui le reçut avec sa politesse habituelle, et ne put refuser de demander pour lui une audience du Pape. Il paraît , malgré les récits différents qui ont été faits, que le cardinal s'obstina à n'entretenir l'ambassadeur que de sujets indifférents. « Quant à ce qui vous amène, lui dit-il, souffrez que nous nous abstenions d'en parler. Je sais tout ce que vous pourriez me dire, vous savez tout ce que je vous répondrais. La parole est, pour le moment, à la force et non à la logique. »
Pie IX montra plus de tristesse que de surprise à la lecture de la lettre de Victor-Emmanuel. Ce qui l'affligea le plus, ce fut le ton du document. «Voilà donc, murmura-t-il , jusqu'où la Révolution a pu abaisser un prince de la maison de Savoie ! Il ne lui suffit pas, à la Révolution, de chasser les rois, toutes les fois qu'elle le peut, ou de faire tomber leurs têtes sous le couteau : elle s'amuse à les déshonorer! » Et comme l'envoyé piémontais confus objectait que son maître était sincère, qu'il était pénétré plus que personne de la nécessité de l'indépendance du chef de l'Eglise , et qu'il offrait à cette indépendance de sérieuses et solides garanties :
(( Et, qui me les garantira ces garanties? demanda Pie IX. Votre roi ne peut rien promettre. Votre roi n'est plus roi. Il dépend de son parlement, qui dépend aujourd'hui des sociétés secrètes. » . L'ambassadeur, de plus en plus décontenancé, parla de la diffi-