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LA BRÈCHE DE LA PORTE PIA

L'état de siège fut déclaré dans Rome le 13 septembre au matin, par une proclamation du ministre des armes, annonçant aux citoyens ce nouvel attentat d'un roi prétendu catholique, et les invitant à rester tranquillement chez eux pour ne donner aucun prétexte aux perturbateurs de la sécurité publique. Au même moment, Victor- Emmanuel adressait aux soldats indigènes pontificaux un appel dont le verbiage révolutionnaire n'est point toujours facile à comprendre :

« Soldats romains! La valeureuse armée italienne marche sur Rome pour vous délivrer des mercenaires étrangers qui, depuis dix ans, vous oppriment et vous déshonorent. Vous unirez-vous avec le zouave pour la repousser en obéissant aux ordres d'un chef répudié par sa patrie? Tournerez-vous vos fusils contre vos frères d'armes qui viennent vous délivrer d'un ignominieux esclavage ? Non , pour Dieu ! Vous êtes honorés et valeureux. Vous imiterez l'exemple des soldats espagnols, français et napolitains, qui, pour le bien de la patrie, ont préféré briser leur épée plutôt que de servir le tyran. Vous ne serez pas fratricides, mais de libres et valeureux soldats d'Italie. Dans les patriotiques batailles de 48-49, sous le drapeau de la liberté, à Vicence, Bologne, Velletri et Saint-Pancrace, vous avez été les vrais fils de la Rome antique, et l'histoire vous a écrit ses plus glorieuses pages. Voudrez-vous les renier aujourd'hui? Vivent les soldats romains ! vive Rome, capitale de l'ItaHe! vive Victor-Emmanuel, roi au Gapitole ! »

Les tentatives de corruption produisirent quelques désertions parmi les soldats indigènes ; mais on n'essaya même pas d'ébranler la fidélité des zouaves. On les savait incorruptibles.

Surpris et trop inférieurs en nombre pour résister, les trois ou quatre mille pontificaux disséminés dans les provinces durent se replier sur Rome et sur Givita-Vecchia. Le lieutenant-colonel de Charette, coupé dans sa ligne de retraite, réussit néanmoins à sortir de Viterbe et à gagner Rome, avec ses zouaves et tout son matériel, par des montagnes sans chemins. Le colonel Azzanesi en fit autant de Terracine, de Velletri et de Frosinone, avec les petits corps indigènes qui y tenaient garnison. Chose digne de remarque : pas un de ces soldats indigènes ne disparut dans ces marches précipitées^ où la désertion était si facile (1).

Le colonel Serra, espagnol, qui commandait à Civita-Vecchia , comprit autrement les lois de l'honneur et du devoir. Soit trahison, soit faiblesse , il livra , à la première sommation de la flotte piémontaise, la ville qu'il devait et qu'il pouvait défendre. Un de ses compatriotes, le capitaine Saballs, indigné d'une aussi lâche conduite, brisa devant lui son épée, qu'il devait reprendre peu après et rendre illustre en Navarre et en Catalogne.

Cependant, le 19 septembre, les soixante mille Italiens se trouvèrent réunis sous les murs de Rome et la sommèrent de se rendre. « Si nous ne pouvons empêcher le voleur d'entrer, dit Pie IX, qu'il

(1) L'auteur de Der itaiienische Raubzug wider Rom. (Invasion de l'Italie à Rome, par un témoin oculaire; Munster, 1871), raconte qu'un dragon pontifical avait été envoyé en reconnaissance dans une petite bourgade où l'on voulait savoir d'une façon précise quand arriverait l'ennemi. Ce dragon était allemand de nation. Les troupes piémontaises survenant par une route qu'il n'avait point prévue, il fut surpris et n'eut que le temps de se cacher , laissant son cheval dans une écurie. Les Italiens découvrirent la monture et cherchèrent le cavalier ; mais ni promesses ni menaces ne purent amener les habitants à le déceler. Il demeura huit jours, circulant dans le bourg, sous un déguisement de garçon meunier. Tout le monde le savait , et pas un doigt ne le désigna , pas une voix ne l'indiqua auxPiémontais. C'était cependant un inconnu, un étranger ; mais c'était un soldat du Saint-Père , et cela suffit pour rendre tout un village complice de son déguisement, puis de son évasion. Voilà comme les populations romaines détestaient le gouvernement pontifical et ses « mercenaires étrangers ! »

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