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CHAPITRE VINGTIEME

soit au moins constaté qu'il n'entre que par effraction. » Et les pontificaux, au nombre de dix mille, se disposèrent à une résistance vigoureuse.

Le général en chef des Italiens était le renégat Cadorna, chanoine de Milan avant 1848. Il avait fait distribuer secrètement des armes, des promesses et de l'argent dans la ville; il comptait sur un soulèvement.

Voyant que rien ne remuait, voyant en outre que le comte d'Arnim, ambassadeur de Prusse, qui partageait ses journées entre le camp piémontais et la ville, afin de tâcher d'ouvrir les portes sans combat, n'avait pu obtenir ni du gouvernement pontifical, ni de Pie IX en personne, qu'on renonçât à une résistance impossible, Cardona fixa l'attaque au lendemain, 20, à la pointe du jour.

Pie IX, à cette nouvelle, adressa au général Kanzler, commandant en chef de sa petite armée, la lettre suivante qui ne fut communiquée aux soldats qu'au bout de quelques jours :

« Monsieur le général, maintenant que l'on va consommer un grand sacrilège et la plus énorme injustice, maintenant que les troupes d'un roi catholique, sans provocation, sans même l'apparence d'un motif, assiègent la capitale du monde catholique, je sens d'abord le besoin de vous remercier, vous, monsieur le général, et toutes nos troupes, de la conduite généreuse que vous avez tenue jusqu'à présent, de l'affection dont vous avez donné des preuves au Saint-Siège, et de votre volonté de vous consacrer entièrement à la défense de cette métropole.

)) Que ces lignes restent comme un document solennel pour certifier la discipline, la loyauté et la valeur des troupes qui ont été au service de notre Saint-Siège. Quant à la durée de la défense, il est de mon devoir d'ordonner qu'elle consiste uniquement en une protestation constatant la violence, et rien de plus; c'est vous dire qu'on entamera, dès que la brèche sera ouverte, des négociations pour la reddition de la ville.

» Dans un moment où l'Europe entière déplore les très-nombreuses victimes d'une guerre entre deux puissantes nations, on ne pourra jamais dire que le Vicaire de Jésus-Christ, quoique assailli, ait con-

senti à une grande effusion de sang. Notre cause est celle de Dieu, et nous mettons en lui toute notre confiance.

» Je vous bénis de cœur, vous, monsieur Te général, et toutes nos troupes. »

Après s'être acquitté ainsi de ce qu'il jugeait être son devoir de souverain. Pie IX alla prier dans la basilique de Latran, et près de là, dans la chapelle de la Scala Santa, où se conserve l'escalier que Jésus monta dans la maison de Pilate ; il voulut, malgré son âge, gravir à genoux les cent vingt-sept marches consacrées par la passion d'un Dieu. Arrivé au sommet, il se prosterna devant la chapelle des reliques, et s'écria d'une voix pleine de larmes, mais dont les assistants ne perdirent pas une parole :

« 0 toi, grand Dieu, mon Sauveur, toi dont je suis le serviteur des serviteurs et le très-indigne représentant, je t'en supplie par ce sang précieux répandu par ton divin Fils en ces lieux mêmes, et dont je suis le suprême dispensateur ; je t'en prie par les tourments, par le sacrifice de ton divin Fils, qui a monté volontairement ce même chemin d'opprobre pour s'oflrir en holocauste devant ce peuple qui l'insultait et pour lequel il allait mourir sur une croix infâme; oh ! je t'en prie, aie pitié de ton peuple, de ton Eglise, ton épouse bien-aimée; suspends ton courroux, ta juste colère! Ne permets pas à des mains infâmes de venir souiller ta demeure. Pardonne à mon peuple qui est le tien; et s'il faut une victime , oh ! mon Dieu , prends ton indigne serviteur, ton indigne représentant! N'ai-je pas assez vécu?... Pitié, mon Dieu! pitié, je t'en prie; et, quoi qu'il arrive, que ta sainte volonté soit faite! »

Une indicible émotion s'empara de tous les spectateurs de cette grande scène, et elle ne diminua pas, quand, redescendu de la chapelle. Pie IX embrassant du regard cette vaste campagne où l'on voyait s'étendre au loin les tentes de l'ennemi et ses troupes nombreuses, et portant ensuite les yeux sur le petit groupe des soldats romains rangés sur la place Saint-Jean-de-Latran, dit au lieutenantcolonel de Gharette, qui le priait de bénir ses soldats : a Mon Dieu! ils sont bien peu nombreux..., c'est à peine si je puis les distinguer!... mais que la volonté de Dieu soit faite ! » Et il les bénit.

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