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CHAPITRE VINGTIÈME

s'élance vers la brèche. Il est reçu par un feu bien nourri qui l'arrête et le fait hésiter. Les lieutenants -colonels Giolotti et Pagliari, d'autres officiers encore, tombent successivement dans les rangs piémontais, ou en avant, en s'efi'orçant d'entraîner leurs hommes. Les Piéraontais reculent. Les zouaves, immobiles et tirant toujours, saluent ce mouvement d'un immense : « Vive Pie IX ! » L'ennemi y répond par : Vtva Savoya ! « Vive Savoie ! » et revient à la charge. Les zouaves préparent leurs baïonnettes. A ce moment arrive de la ville le capitaine de France, agitant un drapeau blanc : « Cessez le feu, s'écrie-t-il ; voici l'ordre écrit du général. » Les zouaves se regardent, mornes, attérés , quelques-uns pleurant de rage; mais ils obéissent. Le lieutenant Mauduit prend le drapeau blanc et monte l'arborer sur la brèche. Il est dix heures dix minutes.

Mais ni la vue du drapeau qu'agite Mauduit , ni le silence des fusils des pontificaux , ni les sonneries de leurs clairons n'arrêtent les assaillants. Ceux-ci gravissent la brèche qui ne leur est pas disputée et se ruent, baïonnette en avant, sur les zouaves qui, debout et l'arme au pied, ne répondent ni à leurs menaces ni à leurs coups. Ils les traitent de lâches , leur arrachent leurs armes , jettent à terre les officiers à cheval et s'emparent de leurs montures.

Deux zouaves furent tués dans le rang, en deçà de la muraille. Un officier de bersaglieri fit feu , à bout portant, sur le lieutenant de Kerchove et le manqua. Un autre officier se jeta, le revolver au poing, sur le capitaine de Couessin et lui arracha ses décorations. Puis, quand un semblant d'ordre fut rétabli, les Piémontais, reculant à dix pas, couchèrent les pontificaux enjoué et les sommèrent de mettre bas leurs armes. On avait défense de tirer; il fallait donc se soumettre. On se soumit , et alors recommencèrent les outrages, moins excusables encore qu'auparavant, puisqu'ils s'adressaient à des prisonniers désarmés. Les Piémontais de la capitulation de Rome se montraient dignes de leurs devanciers delà capitulation d'Ancône.

Le général Kanzler s'aboucha avec Cadorna, le même jour, à la villa Albani. Il fallut en passer par toutes les exigences du plus fort, et la convention suivante fut arrêtée et signée :

« Art. I". La ville de Rome , sauf la partie limitée au sud par les

bastions San-Spirito , comprenant le Pont-Vatican et le château Saint- Ange et qui constitue la cité Léonine ; son armement complet, drapeaux, armes , magasins de poudre, toLis les objets appartenant au gouvernement , seront remis aux troupes de Sa Majesté le roi d'Italie.

» Art, IL Toute la garnison de la place sortira avec les honneurs de la guerre, emportant ses drapeaux, armes et bagages. Les honneurs miUtaires une fois rendus , elle déposera ses drapeaux et ses armes , à l'exception des officiers , qui garderont leur épée , leurs chevaux et tout ce qui leur appartient. Les troupes étrangères sortiront les premières ; les autres viendront ensuite , selon leur ordre de bataille, avec la gauche en tête. La sortie de la garnison aura lieu demain matin à sept heures.

» Art. III. Toutes les troupes étrangères seront dissoutes et les soldats renvoyés immédiatement dans leurs foyers par les soins du gouvernement italien , qui les dirigera dès demain par le chemin de fer vers la frontière de leur pays. Le gouvernement a la faculté de prendre ou non en considération les droits à pensions que ces troupes pourraient avoir régulièrement stipulés avec le gouvernement pontifical.

» Art. IV. Les troupes indigènes seront constituées en dépôt sans armes avec les allocations qu'elles ont actuellement. Le gouvernement du roi se réserve de statuer sur leurs positions futures.

» Art. V. Elles seront envoyées à Givita-Vecchia dans la journée de demain.

» Art. VI. Les deux parties nommeront une commission composée d'un officier d'artillerie , d'un officier du génie et d'un fonctionnaire d'intendance pour la remise dont il est question à l'article premier.»

Ainsi était atteint le but sinon de la Révolution pure , qui réclame davantage, mais des révolutionnaires prétendus modérés de Paris et de Turin. Le Pape était réduit, suivant le programme formulé par le prince Napoléon dès 1861 , au Vatican et à la cité Léonine.

Les pertes de l'armée romaine, sans compter les hommes qui furent assassinés dans les rues le soir du 20 et le 21 septembre , s'élevèrent à 16 tués , dont un officier, et 58 blessés , dont deux offi-

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