‹ Pie IXChapitre 173 sur 288 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

Il fallait, pour couvrir tant d'attentats, un semblant de légalité. On le trouva dans un plébiscite, qui fut lui-même la plus ridicule des bouffonneries. Le 2 octobre, 40,000 oui, déposés dans l'urne, contre 46 non, ratifièrent le fait accompli. Pour l'état romain tout entier, en élevant le chiffre des votants à 135,000, sur 168,000 électeurs inscrits, on voulut bien élever aussi celui des non, et on le porta à 1,507. Ces nombres étaient tellement impossibles, que tous les amis de Victor-Emmanuel le blâmèrent d'avoir joué cette comédie; disons mieux, de l'avoir mal jouée. 46 non dans une capitale où presque tous les fonctionnaires, tant militaires que civils, qui purent se retirer des services publics , protestèrent par leur démission ! Evidemment il manquait après ce 46 une série de zéros. Encore, si l'on se fût arrangé pour faire supposer un certain nombre d'abstentions; mais le chiffre des oui dépassait déjà, à lui tout seul, celui des électeurs... Que n'avait-on ajouté un zéro à l'un des nombres, sauf à le retrancher à l'autre? Il n'en eût pas coûté davantage, et les apparences étaient sauvées. Mais les spoliateurs se montrèrent accommodants et, le même jour, s'appuyant sur ce vote, un décret royal annonça ce qui suit :

(( Art. ï". Rome et les provinces romaines font partie intégrante du royaume d'Italie.

') Art. II. Le souverain Pontife conserve la dignité, l'inviolabilité et toutes les prérogatives du souverain.

» Art. III. Une loi spéciale sanctionnera les conditions propres à garantir, même par des franchises territoriales, l'indépendance du souverain Pontife et le libre exercice de l'autorité spirituelle du Saint-Siège. »

Par ce décret, l'unité italienne se trouva réalisée. Victor-Emmanuel avait quadruplé en étendue son petit royaume de Piémont, et « le plus battu des rois, » comme on l'a nommé si justement, parvenait enfin de défaites en défaites, et de trahisons en trahisons, au pinacle où les conquérants sont portés d'ordinaire par la victoire.

Pie IX a rendu lui-même témoignage à la fidélité des Romains lors de la conquête de leur ville par des étrangers, avec lesquels cette ville n'était pas en état de guerre. Ce fut dans une allocution

à la noblesse romaine, le 21 juin 1875; il voulut rappeler brièvement, dit-il, les funestes événements du mois de septembre 1870. Voici une partie de son discours :

« Peu de temps après la fête de la Nativité de la très-sainte- Vierge, un chevalier subalpin se présenta devant moi, tenant à la main une lettre d'un monarque catholique qui m'était adressée. Je la lus, et j'y vis que ce monarque, en se déclarant « gardien et garant, par la disposition de la divine Providence et la volonté de la nation, des destinées de tous les Italiens , se croyait en devoir de prendre la responsabilité du maintien de l'ordre dans la Péninsule et de la sécurité du Saint-Siège... » Puis il déclarait que pour seconder l'esprit des Romains, il avait ordonné à ses troupes d'aller de l'avant et d'occuper ce qui restait, à savoir Rome, et cela pour maintenir l'ordi^e. Enfin, il ajoutait que ses forces se réduiraient à opérer une action conservatrice.

» Peu après, les troupes du monarque s'approchèrent des murailles de Rome; elles y campèrent, et, faisant éclat d'un grand appareil de forces, elles attendirent plusieurs jours, à dessein de voir les démonstrations de V esprit des Romains; mais ce fut en vain. Il est certain que l'on fît alors tout ce que l'on crut opportun pour exciter les esprits à manifester en faveur des agresseurs ; il y eut , en effet , beaucoup d'émissaires qui du camp entraient dans la ville, et réciproquement; et parmi eux, au premier rang, le ministre d'une puissance étrangère accrédité près de ce Saint-Siège. Ce ministre, véritable Achitophel de notre temps , loquebatur pacem cum proximo suo, mala autem in corde suo. Véritable Achitophel qui tenait au Vatican un langage diamétralement opposé à celui dont il se servait au camp ennemi.

» Ayant donc ainsi constaté la fermeté du peuple romain, la troupe s'approcha plus près des murs et s'ouvrit passage par la fameuse brèche du 20 septembre. Après quoi , l'armée pontificale petite, mais fidèle et pleine d'honneur, fut faite prisonnière et envoyée dans la haute Italie. Cependant, la pensée fixe était toujours de justifier cette injuste agression, par le prétexte d'apaiser quelque tumulte qu'on espérait devoir s'élever à Rome. Pour obtenir ce ré-

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