CHAPITRE VINGTIÈME
sultat^ on laissa quelque temps cette capitale livrée à elle-même, dans l'espoir que l'absence totale de force armée faciliterait le tumulte désiré ; mais tout cela fat en vain. Pas une voix ne fut entendue qui témoignât de l'allégresse du peuple, pas un signe ne fut vu qui signalât sa joie; pas un effort ne fut fait qui tendît au désordre. Honneur donc aux Romains !
» La troupe assiégeante fit son entrée, et avec cette troupe, au gouvernement légitime il en fut substitué un autre. Or, je demande ici (et beaucoup , beaucoup le demanderont comme moi ) si sou entrée a vraiment apporté l'action conservatrice? Qu'ils répondent pour moi, ces religieux des deux sexes expulsés, les biens de TEglise usurpés, les écoles et les temples protestants ouverts, avec le grand nombre des autres mesures persécutrices que tout le monde connaît. Et ce système n'est pas fini , car aujourd'hui encore on va glanant pour la persécution tout ce qui avait échappé jusqu'ici à la faux inexorable de la Révolution. Et les Romains ? Les Romains déplorent l'immense désastre, et ils se lamentent en élevant leurs voix vers le Ciel, et ils remplissent les églises pour implorer de Dieu ces nombreuses grâces qui nous apportent vigueur et force, dans les circonstances désolantes où nous nous trouvons... »
Le retentissement de la lutte dont la France était le théâtre amortit un peu celui de la chute du pouvoir temporel. Bien des fidèles n'en furent informés qu'après coup , et d'autres n'eurent le temps d'y réfléchir que beaucoup plus tard. Ces coïncidences favorisèrent l'inertie naturelle aux gouvernements, qui non- seulement ne firent rien en faveur du Pape, mais encore laissèrent auprès du spoliateur leurs ambassadeurs accrédités auprès du spolié. Il ne se produisit qu'une seule protestation, et pour la honte des nations civilisées, elle vint du fond des solitudes des montagnes Rocheuses, dans l'Amérique du Nord (1). Abandonné de tous, Pie IX se décida
(1) La tribu des Cœurs-d'Alaine fit parvenir à Rome une lettre collective, curieuse, mais fort honorable pour la loyauté et le courage de cette petite nation. Elle était accompagnée d'une offrande d'un demi-million de francs adressée « au plus grand chef de toutes les robes noires » et commençant ainsi :
« Très-miséricordieux Père, ce n'est point la présomption, c'est l'amour qui
à suspendre le Concile , par un bref en date du 20 octobre. Les quelques évêques des pays lointains , ses hôtes , qui attendaient encore à Rome , se dispersèrent peu à peu et portèrent jusqu'au bout de l'univers les tristesses dont leur âme était navrée.
Le 1" novembre Pie IX adressa à tous les prélats en communion avec le Saint-Siège une encyclique, dont le texte original dut être envoyé à Genève et imprimé dans cette ville, pour échapper à la police piémontaise. Tous les journaux du royaume italien qui la reproduisirent furent saisis, ce qui était une heureuse manière d'inaugurer les nouvelles (( prérogatives du souverain Pontife, et le libre exercice de son autorité spirituelle. » Cette encyclique retrace l'histoire abrégée des attentats piémontais depuis onze ans. Elle restera comme un réquisitoire de la justice et de l'innocence devant le tribunal de la postérité. Nous devons enregistrer en entier ce document solennel : "
« En présence des manœuves auxquelles, depuis bien des années, le gouvernement subalpin se livre sans relâche pour renverser le
nous engage à nous adresser à Toi. Certes, nous sommes une tribu d'Indiens très-insignifiante en elle-même, et Toi, Tu es le plus élevé ici-bas. Et cependant, c'est Toi qui, le premier, as jeté sur nous un regard de pitié et de compassion. Oui, Père ! trente hivers passés, nous étions encore un peuple sauvage très-misérable en corps et en âme. Tu as eu pitié de nous en nous envoyant la "rande robe noire De Smet, afin qu'il fit de nous des enfants de Dieu par le baptême. Nous étions aveugles et Tu nous l'as envoyé pour nous donner la vue.
«Beaucoup parmi nous étaient encore endormis quand De Smet nous a quittés. Tu as de nouveau eu pitié de nous eu nous envoyant une autre robe-noire, le bon Nicolas, qui reste avec nous, qui nous soigne et nous fait marcher dans la voie du salut. Et combien d'autres Pères Tu nous as donnes pour enseigner à nos enfants la loi de Dieu, afin de faire de nous de meilleurs chrétiens! Si bien que nous sommes maintenant tous chrétiens pratiquants, à l'exception de deux dans toute la tribu. Nous osons donc nous adresser à Toi, ô Père, dans ces jours de Ton affliction, pour Te remercier, pour T'assurer de notre amour pour Toi et pour T'exprimer notre profonde tristesse en apprenant que quelques méchants de Tes enfants T'affligeant constamment en volant tout ce que Tu possèdes, même Ta propre maison.
» Bien que, pauvres Indiens, nous connaissions fort peu de ce qui constitue les bonnes manières, nous jugeons cependant que c'est criminel de Te traiter de la. manière qu'on le fait. Nous-mêmes, il y a quarante ou cinquante hivers, lorsque nous étions encore complètement sauvages, nous n'aurions pas osé Te traiter de la sorte... »