‹ Pie IXChapitre 176 sur 288 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

honteusement nos obligations , soit en abandonnant et trahissant les droits et les possessions de l'Eglise, soit en opérant ime honteuse réconciliation avec les usurpateurs. Bien plus, à ces efforts iniques et à ces forfaits contraires à tout droit divin et humain , Nous avons opposé de solennelles protestations devant Dieu et les hommes , et Nous avons déclaré que leurs auteurs et fauteurs étaient atteints par les censures ecclésiastiques, et, pour autant qu'il le fallait, Nous avons renouvelé contre eux ces censures.

» Enfin, le susdit gouvernement persévéra dans son opposition et dans ses manœuvres ; il chercha sans relâche à soulever les provinces qui Nous restaient , et surtout la ville de Rome , en y envoyant des perturbateurs par des artifices de tout genre. Mais comme ces eflTorts n'aboutissaient pas , grâce à l'inviolable fidélité de Nos soldats et à l'amour et au dévouement si particulièrement et si constamment témoigné par Nos peuples, en 1867 s'éleva enfin contre Nous cette tempête violente qui, à l'automne, versa sur Nos frontières et contre cette ville des cohortes de scélérats que le crime et la fureur enflammaient , qu'aidaient les subsides du même gouvernement , et dont plusieurs étaient depuis longtemps cachés dans Rome. Leur violence^ leur cruauté et leurs armes autorisaient évidemment des craintes terribles et sanglantes pour Nous et Nos sujets bien-aimés, si Dieu, plein de miséricorde, n'avait anéanti leurs efi'orts, et par la valeur de Nos troupes et par le puissant secours des légions que l'illustre nation française Nous envoya.

» Au miheu de tant de luttes, dans cette longue suite de périls , d'inquiétudes et d'amertumes , la divine Providence Nous ménageait une grande consolation, grâce à l'éminente piété et au dévouement que vous, vénérables frères, et vos fidèles, avez constamment montrés pour Nous et pour ce Siège apostolique par des témoignages éclatants et par les œuvres de la charité chrétienne. Et, bien que ces grands dangers Nous laissassent à peine quelque trêve , Nous n'avons pourtant rien relâché , grâce au secours divin, des soins que demandait la prospérité temporelle de Nos sujets ; et toutes les nations purent apprécier quelles étaient parmi nous la tranquillité et la sécurité publique, quels soins on donnait

aux beaux arts et à toutes les études^ quels étaient la fidélité et l'attachement de Nos peuples envers Nous ; car de nombreux étrangers affluèrent plusiem^s fois dans cette ville à l'occasion des fêtes et des saintes solennités que Nous avons célébrées.

» Sur ces entrefaites , tandis que les peuples jouissaient d'une paix profonde , le roi de Piémont et son gouvernement, saisissant l'occasion de la grande guerre qui divise deux puissantes nations de l'Europe, à l'une desquelles ils avaient promis de respecter l'état actuel du domaine ecclésiastique , d'en interdire la violation aux factieux, résolurent tout à coup d'envahir les restes de ce domaine et jusqu'à Notre saint Siège, et de les réduire sous leur puissance. Mais pourquoi cette invasion hostile et quelle cause y assigner? On connaît aujourd'hui en tout lieu la lettre que, le 8 septembre dernier, le roi nous écrivit et Nous fit remettre par son envoyé auprès de Nous, dans laquelle, par une série longue et mensongère de mots et de phrases, et tout en affichant les noms de fils dévoué et de catholique , sous le prétexte de maintenir l'ordre et de sauver le Pontificat et Notre personne , on Nous demandait de ne point considérer comme un acte d'hostilité le renversement de Notre pouvoir temporel et de renoncer volontairement à ce pouvoii' en Nous fiant aux vaines promesses qui nous étaient faites , afin de concilier ce qu'on appelait le vœu des Italiens avec le droit suprême et la liberté de l'autorité du Pontife romain. Nous dûmes sans doute trouver fort étrange ce procédé destiné à couvrir et à déguiser la violence qu'on allait bientôt Nous faire, et plaindre du fond du cœur ce roi qui, poussé par d'injustes conseils, inflige chaque jour de nouvelles ble'ssures à l'Eglise , et tenant plus compte des hommes que de Dieu , ne songe pas qu'il est au ciel un Roi des rois , Seigneur des seigneurs, sans faveur pour aucune personnalité , sans crainte pour aucune grandeur, parce qu'il a fait également le petit et le grande et qu'il réserve aux puissants des châtiments proportionnés à leur puissance. Non subtrahet personam cujusquam , nec verebitw magniludinem cujusquam, quoniam pusillum et magnum ipse fecit, fortiorihus autem fortior instat cruciatio. (Sap., vi, 8 et 9.)

» Quant aux demandes qu'on Nous adressait, Nous n'avions point

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