CHAPITRE VINGTIÈME
à hésiter, et, obéis-sant aux lois du devoir et de la conscience, Nous suivîmes les exemples de Nos- prédécesseurs , et particulièrement de Pie VII, d'heureuse mémoire, dont Nous voulons citer ici et emprunter les courageuses paroles , prononcées dans des circonstances toutes semblables : « Nous nous rappelions comme saint Ambroise que le saint homme Naboth, possesseur d'une vigne, fut sollicité, au nom du roi, d'abandonner sa propriété pour que le roi y pût remplacer les vignes par de vils légumes et qu'il répondit : Loin de moi la pensée de livrer l'héritage de mes pères! Bien moins encore Nous croyons-Nous permis de livrer cet héritage si antique et si sacré, ce pouvoir temporel du Saint-Siège qu'un dessein si évident de la Providence divine a conservé pendant tant de siècles aux Pontifes romains, Nos prédécesseurs, de consentir, même tacitement, à ce qu'un autre possède la capitale du monde catholique, pour y troubler et détruire la sainte forme de gouvernement que Jésus- Christ a laissée à sa sainte Eglise, et que les saints canons portés par l'Esprit de Dieu ont organisés , pour y substituer un corps contraire et opposé aux saints canons et aux préceptes évangéliques, et introduire , suivant l'usage, un nouvel ordre de choses tendant manifestement à faire associer et confondre les sectes et toutes les superstitions avec l'Eglise catholique. » Naboth défendit sa vigne au prix de son sang. Pouvions -Nous, quoiqu'il dût arriver, ne pas défendre les droits et les possessions de la sainte Eglise romaine , à la défense desquels , dans les limites du possible. Nous Nous sommes engagé par un serment solennel? Pouvions-Nous ne pas revendiquer la liberté du Siège apostolique à laquelle est si intimement unie la liberté et l'unité de l'Eglise universelle ?
» Quant à la grande convenance et à la nécessité de ce pouvoir temporel pour assurer au Chef suprême de l'Eglise le sûr et libre exercice du pouvoir spirituel qu'il a reçu de Dieu sur tout l'univers , les événements présents , à défauts d'autres preuves, suffiraient amplement à les démontrer. » (Lett. Apost. 10 juin 1809.) » Fidèle à ces sentiments que Nous avons constamment professés
dans plusieurs allocutions, Nous avons, dans Notre réponse au roi, réprouvé ses injustes demandes , tout en lui découvrant à la fois, et Notre amère douleur et Notre amour paternel qui ne peut refuser sa sollicitude même à des enfants imitateurs d'Absalon. Cette lettre n'était pas encore remise au roi, que son armée s'était déjà emparée de villes tranquilles et intactes jusqu'alors dans Notre domaine pontifical , après avoir aisément dispersé les garnisons qui avaient essayé de résister. Et bientôt après se leva ce jour funeste du 20 septembre, où nous vîmes cette ville de Rome, siège du prince des apôtres , centre de la religion catholique et refuge de toutes les nations , assiégée par des milliers de soldats , livrée aux armes et à la violence, avec une brèche ouverte en ses murs et sous la terreur d'un bombardement , par ordre de celui qui venait de Nous attester solennellement son affection filiale envers Nous et sa fidélité envers la religion. Fùt-il jamais , pour Nous et pour tous les bons , rien de plus triste que ce jour où Nous avons vu troubler et renverser tout l'ordre public, insulter d'une voix impie dans la personne de Notre humilité la dignité et la sainteté du suprême Pontificat, abreuver d'opprobres Nos fidèles cohortes, et introniser la licence et l'émeute, là où naguère on n'apercevait que les sentiments de fils dévoués qui cherchaient à consoler les douleurs du Père commun? Depuis ce jour s'accomplissent sous nos yeux des choses qu'on ne peut mentionner sans soulever la juste indignation de tous les bons ; des livres infâmes remplis de mensonges, de turpitudes, d'impiétés, exposés en vente à bas prix et répandus partout, de nombreux journaux publiés chaque jour pour corrompre les esprits et les mœurs , pour vilipender et calomnier la religion, pour enflammer l'opinion publique contre Nous et contre ce Siège apostolique ; d'impures et indignes images et d'autres œuvres du même genre , pubhées pour exposer à l'insulte et au ridicule les choses et les personnes sacrées ; des honneurs et des monuments accordés à ceux que la justice et les lois ont punis pour leurs crimes; les ministres de l'Eglise, contre qui on soulève les passions, insultés pour la plupart; quelques-uns même frappés et blessés traîtreusement; plusieurs maisons religieuses soumises à d'injustes perquisitions, Notre palais du Quirinal