‹ Pie IXChapitre 180 sur 288 · MAINS. — SOIRÉE DU 20 JUIN · texte numérisé non relu

MAINS. — SOIRÉE DU 20 JUIN

Le désordre moral survécut dans Rome au désordre matériel. Le gouvernement nouveau se remit à annexer de plus belle, quand les particuliers eurent cessé de le faire. Ni les palais qui avaient suffi au luxe des Papes et de leur cour, ni les casernes dont s'était contenté le despotisme sacerdotal tant décrié, ne se trouvèrent assez vastes pour le régime de la simplicité révolutionnaire et de la liberté. Il fallut, pour commencer, cinq à six casernes nouvelles, et le double de palais pour le Parlement transféré de Florence à Rome , et pour les administrations agrandies.- Il en fallut pour la maison du roi, pour les écuries du roi, pour les équipages de chasse du roi. On expropria les couvents, on enleva des églises au culte, on prit jusqu'à des hôpitaux. En outre, on s'occupa sans délai de tracer le plan de la reconstruction de la ville sur le type moderne. Malheur aux monuments ou aux souvenirs qui se trouvent sur le parcours de la ligne droite ! Malheur à la cité des consuls, des empereurs et des papes ! 11 n'y avait au monde qu'une seule Rome ; il n'y en aura plus, mais en compensation, on aura un autre New- York ou un Paris haussmamsé.

Victor-Emmanuel annexa le Quirinal, propriété des Papes, mais il parut hésiter longtemps avant d'oser l'occuper lui-même, et l'on

34fi PIE IX, SA VIE, SON HISTOIRE, SON SIÈCLE.

remarqua que jamais il n'y fît de longs séjours. Il s'y sentait mal à l'aise, peut-être par un reste de pudeur, peut-être aussi parce qu'il comprenait instinctivement que le couronnement de ses ambitions allait le priver désormais des appuis qui avaient fait toute sa force. Sans l'alliance de la Révolution, en effet, le Piémont n'aurait pu devenir l'Italie. La Révolution de son côté fût restée impuissante contre Rome, sans l'aide du sabre piémontais. Mais Piémont et Révolution ne s'étaient livrés l'un à l'autre que pour un temps. Tous deux nourrissaient la secrète résolution de se débarrasser d'une servitude réciproque, aussitôt leur œuvre commune terminée et consolidée.

Le monde catholique, dans l'anxiété, se demandait ce qu'allait faire Pie IX. Il lui restait une petite corvette, l'Immaculée Conception, dont l'équipage, qui n'avait rien voulu entendre des propositions des Piémontais, croisait dans les eaux de Civita-Vecchia, prête à le recevoir, s'il jugeait à propos de quitter Rome et s'il y réussissait. Mais le Pape, dans le trouble général où se trouvait l'Europe, crut préférable de ne pas s'éloigner, h' Immaculée Conception, pour laquelle on pouvait craindre une surprise dans les eaux italiennes, se réfugia, par son ordre, à Toulon. Là, elle fut confiée à la garde du gouvernement français qui, du reste, put accepter cette charge sans difficulté, la corvette ayant été nominalement exceptée de la capitulation du matériel et du personnel de la marine de Civita- Vecchia. Elle fut désarmée en 1872, d'un commun accord. Six matelots seulement y sont restés, pour son entretien ordinaire, avec un aumônier pour le service spirituel du bord et pour représenter , en quelque sorte, l'autorité pontificale (I).

V Immaculée Conception fut remplacée, dans les eaux de Givita-

(1) La corvette V Immaculée Conception se trouve dans Tarsenal de Castigneau, où l'on peut la visiter. Elle mesure cinquante-cinq mètres , de la poupe à la proue, sur sept mètres de largeur. Sa forme est assez gracieuse. Sur le pont, et à l'arrière, se trouve une petite chapelle; c'est là que les matelots entendent la messe le dimanche et se réunissent pour la prière de chaque jour. Point de luxe dans ce petit oratoire, qui peut facilement se transformer en chambre. Les ornements d'autel sont simples et déjà un peu usés. Des âmes pieuses ont eu la pensée de les entretenir et de les renouveler; le cardinal. Antonelli en n témoigné sa satisfaction au nom du souverain Pontife.

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