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CHAPITRE VINGT-UNIÈME. 3oo

Les années suivantes, le mandat annuel ne fut plus confectionné que pour la forme. Il passa sans transition du chapitre des dépenses à celui des recettes, et la générosité italienne n'en continua pas moins à priver de leurs traitements et à chasser de leurs résidences nombre d'évêques dont elle sait parfaitement que l'entretien incombe ensuite à la pauvreté du souverain Pontife.

Mais l'amour est plus fort que la haine, et il se lasse encore moins vite qu'elle. L'œuvre du Denier de saint Pierre se multiplia, surtout en France : Napoléon III n'était plus là pour en interdire l'organisation par diocèses. Avec cette simple obole d'un sou que nous donnons chaque mois à notre Père commun, non-seulement nous lui permettons d'achever sa glorieuse carrière sans connaître le besoin et sans être obligé d'accepter comme secours un argent qui lui appartient, mais encore nous lui donnons la consolation de né voir personne souflPrir autour de lui, parmi le grand nombre de spoliés qui l'entourent. Aussi s'en montre-t-il légitimement fier. Il disait à une députation napolitaine, venue pour lui apporter son offrande :

H La Providence opère chaque jour un grand miracle pour moi, et ce miracle resplendit aux yeux du monde entier, puisque c'est du monde entier qu'il procède. Je suis dépouillé de tout, mais mes enfants me nourrissent. De toutes parts ils envoient à leur Père, sans réclamer de comptes de lui, et ce Père, qui n'a d'autres ressources que leurs dons, est assisté si largement, que non-seulement il a assez pour lui, dont les besoins personnels se bornent à peu de chose, mais qu'il peut encore faire le généreux et donner à son tour! »

Le captif du Vatican, nous l'avons dit, a continué leurs traitements à la plupart de ses anciens employés qui refusèrent de manquer à leur serment. Il garde de même en demi-solde ou en quart de solde, quoique retirés dans leurs pays de naissance;, un certain nombre de militaires de son ancienne armée. Il soutient son établissement de la Vigna Pia, et l'hospice de ïata Giovanni, auquel la nouvelle municipalité romaine a jugé bon de retirer toute subvention, précisément à cause de l'antique intérêt que lui portait

Pie IX. Il s'efforce surtout de lutter, par les écoles populaires , contre la double propagande protestante et athée. Les sociétés protestantes, en effet, dépensent chaque année à Rome cent mille livres sterling (2,500,000 francs). Au 1" janvier 1875, elles y avaient déjà construit trois temples et fondé une douzaine de résidences de missionnaires de dénominations diverses : anglicans, méthodistes, épiscopaliens américains, vaudois, baptistes, anabaptistes; tellement que, si le génie italien s'y prêtait, le centre de l'unité chrétienne serait menacé de se changer en un pandemonium de la discorde religieuse. Les Romains deviennent difficilement protestants. L'or des sociétés bibliques n'aboutit qu'à en faire des libres penseurs ; mais c'est là une transformation non moins désolante que l'autre pour le cœur d'un Pape.

Si l'on ajoute à ces dépenses l'entretien du sacré Collège, de la prélature, des gardes, des musées, des prélats exilés pour la foi, on arrive à un total hiensuel de plus de six cent mille francs, c'estràdire de sept millions et demi par an. Cette somme ne cesse de s'accroître, à mesure que s'éteignent les anciens évoques d'Italie. Pie IX les remplace, mais comme aucun d'eux ne peut solliciter en conscience Vexequatur royal, Victor-Emmanuel s'empresse de leur supprimer leurs menses épiscopales. Pie IX envoie à chacun des évêques ainsi dépossédés 500 francs par mois. Il donne 700 ou 1,000 francs aux archevêques. Il s'est occupé en outre, tout récemment, de fonder des caisses de secours pour les jeunes lévites, qu'une loi vraiment infernale vient de soumettre au service militaire obligatoire, rendant ainsi moralement impossible la conservation des vocations ecclésiastiques et le recrutement du sacerdoce. Mais où trouver assez de ressources? Il est temps que le règne de l'iniquité arrive à son terme en Italie, s'il est dans les desseins de Dieu de conserver à ce malheureux pays la foi et la civilisation.

Pie IX n'en a pas moins la main toujours ouverte pour tous les malheureux, pour toutes les souscriptions. Les églises de Paris, pillées par la Commune, reçurent de lui des ornements, et les églises des missions lointaines en reçoivent presque tous les jours. Dans le seul mois de juillet 1875, pour ne parler que de celui-là, il envoya

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