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CHAPITRE VINGT-UNIÈME

20,000 francs aux inondés du sud-ouest de la France (1), 5,000 aux inondés de Brescia et de la haute Italie, 800 à l'évêque de Sarsina, 2,000 à celui d'Osimo pour des reconstructions d'églises , et 50,000 à la princesse Rospigliosi Champigny de Gadore, pour l'œuvre de Sainte-Marie-Madeleine ou de la préservation des jeunes filles dans la ville de Rome.

Comme il choisit les évêques parmi les prêtres les plus vertueux, sans distinction de fortune, il lui arrive souvent d'être obligé de pourvoir à leurs frais d'établissement. Un jour un de ceux qu'il venait de nommer se présenta à lui ; Pie IX lui fît observer qu'il portait une soutane bien usée. — Je n'en ai ni de plus usée, ni de moins usée, lui répondit le nouvel évêque; c'est la seule. » Pie IX fut charmé de cette réponse. Quel excellent choix le bon Dieu m'a inspiré ! pensa-t-il ; et fouillant dans son tiroir, il en tira tout ce qu'il y avait et le donna à l'évêque.

Malgré d'aussi lourdes charges du pasteur suprême. Pie IX sut trouver encore les moyens d'agir en roi, jusque dans sa captivité. Il fît terminer dans Rome plusieurs travaux d'art ou d'utihté publique, acheva la restauration de Saint-Ange in Peschiera, et du magnifîque portique d'Octavie, auquel cette église est adossée, et reconstruisit l'autel avec des marbres trouvés par le commandeur Visconti dans l'Emporium des empereurs. Après s'être fait rendre compte par une commission d'artistes, de l'état de dégradation où se trouvait le tombeau de saint Grégoire VII, son illustre prédécesseur, dans la cathédrale de Salerne, il entreprit de le restaurer à ses frais, ainsi que la belle épitaphe gravée sur la pierre sépulcrale par ordre de Grégoire VII lui-même : « J'ai aimé la justice et haï l'iniquité, et voilà pourquoi je meurs en exil; dilexi justitiam et odi iniquitateniy et ecce in exilio morior. »

Il refusa de hcencier les nombreux ouvriers attachés à la fabrique de mosaïques du Vatican, une des gloires de Rome, et ne cessa de leur donner du travail, qu'il offrait ensuite, comme autrefois, à ses

(1) Victor-Emmanuel, quinze jours plus tard, envoya 5,000 francs, et Garibaldi 250 francs pour la même destination. Garibaldi venait de recevoir de l'Etat une rente annuelle de cent mille francs.

3oS PIE IX, SA VIE, SON HISTOIRE, SON SIÈCLE.

hôtes ou aux diverses églises d'Italie. Il conservait ainsi une des principales prérogatives de la souveraineté : celle de faire parfois encore des dons vraiment royaux, et s'il était obligé d'en diminuer le nombre, il y mettait toujours la même grâce, la même délicatesse exquise.

On raconte que recevant un jour les deux grands-dacs de Russie, frères de l'empereur Alexandre, il remarqua que les jeunes princes suivaient d'une manière très-distraite la conversation.

Leurs yeux se fixaient involontairement sur une magnifique table de mosaïque, d'une valeur inestimable, qui faisait contraste avec la simplicité presque monastique de la chambre du Pape.

« Vous êtes préoccupés. Messieurs? » dit Pie IX.

Les jeunes princes s'en défendirent.

— (( Si fait, vous êtes préoccupés, et je sais pourquoi. Vous trouvez étonnant de voir cette belle table au milieu de mon pauvre mobilier. »

Les regards des deux princes russes firent comprendre au Pape qu'il avait bien deviné.

— « Eh bien, je vais vous expliquer cela; ce mobilier me convient, il est à moi. Quant à la table de mosaïque, elle ne m'appartient pas; puisqu'elle vous a plu, elle est à vous. »

En 1876, Pie IX envoya de splendides spécimens des mosaïques du Vatican à l'exposition universelle de Philadelphie, où elles furent jugées sans rivales parmi les œuvres d'art de même nature.

Dans le même temps, Victor-Emmanuel s'occupait de faire doubler sa liste civile, achetait des terres pour lui et les siens, et installait des haras à Rome pour en vendre les produits. Il ne connaissait pas d'autres distractions royales que la chasse ou des plaisirs licencieux auxquels il fut livré toute sa vie. Mais si peu artiste qu'il se montrât, son fils aîné et héritier présomptif, le prince Humbert, l'était moins encore, et sa belle-fille, la princesse Marguerite, semblait prendre à tâche de violer publiquement toutes les convenances et de provoquer l'aversion des Romains. Dès son arrivée au Quirinal, cette princesse choisit de son plein gré pour son appartement

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