‹ Pie IXChapitre 188 sur 288 · CHAPITRE VINGT-UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-UNIEME

dans les basiliques de Saint-Jean-de-Latran et de Saint-Pierre; mais là le concours du peuple fut énorme. Tous les rangs, tous les âges s'y trouvaient confondus. On ne pouvait voir sans émotion cette foule innombrable à genoux sur les dalles, car on sait que l'usage des chaises est interdit dans les grandes basiliques de Rome, et ces milliers de têtes se courber jusqu'à terre dans une pensée unique de reconnaissance et de supplication.

Le monde chrétien s'unit aux Romains. Dieu seul connaît le nombre des communions qui furent offertes, ce jour-là , à l'intention du souverain Pontife, et la ferveur des prières qui s'élevèrent de toutes parts pour Pierre captif, comme au temps d'Hérode. Le chiffre des télégrammes de félicitations adressés au Vatican dépassa un millier. Tous les souverains, à peu d'exceptions près, firent parvenir leurs hommages à Pie IX ; le télégramme qui arriva le premier fut celui de la reine d'Angleterre. Des députations nombreuses affluèrent en outre de l'ancien et du nouveau monde. Dans la seule journée du 12, Pie IX, pour répondre à toutes, dut prendre la parole jusqu'à douze fois, en latin, en français, en espagnol et en italien.

La députation française se partagea en deux , à l'entrée du Vatican. « La pauvre Alsace , raconte un témoin occulaire, la pauvre Alsace s'était séparée de nous sur la recommandation de M^' l'évêque de Strasbourg, qui, par prudence, ne voulut donner aucun prétexte aux susceptibiiïtés du vainqueur. Les douze députés de cette pro\ince, reçus en particulier, présentèrent au Saint-Père une adresse couverte de 60,744 signatures, et une offrande de 42,000 fr. Us ne purent s'empêcher de parler de la France au Pape, les larmes aux yeux, les regrets sur les lèvres, l'espérance dans le cœur. Pauvres frères arrachés de la maison paternelle ! Ces atrocités s'appellent des conquêtes et la gloire est pour les conquérants !

» Mais j'ai hâte de vous dire avec quelle joie nous vîmes venir à nous Pie IX dans toute sa mansuétude. Il nous sembla , en le voyant, qu'il y avait sur son auguste visage une expression de tendresse particulière pour les représentants de la France malheureuse; nous en fûmes certains aux larmes qui mouillèrent ses

yeux dès les premières phrases de l'adresse où nos malheurs sont rappelés.

» Quand le Saint-Père nous eut permis de nous relever après sa bénédiction , M^'' de Nevers s'avança vers le trône pontifical , et , d'une voix émue, il lut l'adresse des catholiques français, qui fit couler plusieurs fois les larmes de Pie IX. « Saint-Père, ajouta-t-ij, les malheurs de la France ne nous ont pas permis de faire davantage. Nous sommes peu nombreux, et nos offrandes sont légères en comparaison de l'amour que nous vous portons; cependant au bas de cette adresse figurent plus de deux millions de signatures; témoignage éloquent de notre piété filiale. »

Après la lecture de l'adresse, le Saint-Père prononça en français le discours suivant :

« Je ne puis vous dire combien de sentiments se réunissent en ce moment dans mon cœur. Je me rappelle les grands bienfaits de la France. Je me rappelle ce que la France souffre ; je n'ai pas besoin de rappeler que je soufîre moi-même... Pauvre France! J'aime la France; elle est toujours imprimée dans mon cœur. Je prie tous les jours pour elle, principalement à ce grand sacrifice de la messe. Je l'ai toujours aimée et l'aimerai toujours! Je sais combien elle a toujours offert le spectacle des plus tendres dévouements; combien sa charité est grande et compatit à la misère des pauvres, à la misère de l'Eglise ; combien d'institutions pieuses elle a fondées, et en particulier quelle ardeur s'y manifeste pour les bonnes œuvres chez les femmes; chez les hommes aussi, mais parmi les femmes spécialement. Cependant je dois dire la vérité à la France.

» Je me souviens d'un Français haut placé, que j'ai connu beaucoup ici à Rome, et qui me faisait de grands compliments. C'était un homme distingué, un honnête homme, pratiquant bien sa religion. Il se confessait même, mais il avait certains principes étranges, des principes que je ne m'explique point qu'on puisse allier avec la foi. Il me disait, par exemple, que la loi civile doit être athée, que nous devons protéger toutes les croyances également, erreur comme vérité. Nous nous entendions sur beaucoup de points, jamais sur celui-là. Or, qu'arrivait-il? le même homme faisait aujourd'hui une

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