CHAPITRE VINGT-UNIÈME
chose, et demain une autre toute contraire. Un de ses amis, qui était protestant, étant mort à Rome, il ne se contenta pas d'accompagner le corps au cimetière, il assista au service protestant. Assuré- ]nent on fait bien d'assister les protestants dans leurs besoins , dans leurs maladies, et de leur faire l'aumône, surtout l'aumône spirituelle pour qu'ils arrivent à reconnaître la vérité; mais assister à certaines fonctions religieuses de l'erreur, c'est mal, c'est trahir la vérité-
» Mes chers enfants, je souhaite que mes paroles vous expriment bien ce que j'ai sur le cœur. Ce qui afflige votre pays et l'empêche de mériter les bénédictions de Dieu, c'est ce mélange des principes. Vous êtes catholiques, mais individuellement; la nation a cessé de l'être comme nation depuis quatre-vingts ans ; la loi ne tient aucun compte, par exemple, du repos du septième jour, qui est un commandement de Dieu; jamais elle ne prescrit ces prières nationales, ces jeûnes nationaux que d'autres pays, quoique en majorité protestants, ont retenus du temps où ils étaient catholiques. Je dirai le mot, et je ne le tairai pas. Ce que je crains pour vous, ce ne sont pas ces misérables de la Commune, vrais démons échappés de l'enfer, c'est le libéralisme catholique; non, certes, les catholiques appelés autrefois libéraux : ils ont souvent bien mérité de ce Saint- Siège, mais ce système fatal, généreux peut-être quelquefois dans ses motifs, lâche le plus souvent, qui rêve toujours d'accommoder deux choses irréconciliables, l'Eglise et la Révolution. Je l'ai dit plus de quarante fois, je le redis à cause de l'amour que je vous porte; oui, c'est ce jeu... comment dit-on en français? nous l'appelons en italien altanela; oui, c'est ce jeu de bascule qui finirait par détruire la religion chez vous. Il faut sans doute pratiquer la charité, aimer nos frères errants ; mais pour cela , il n'est pas besoin d'amnistier l'erreur et de supprimer, par égard pour elle, les droits de la vérité. Mais je ne veux pas prolonger mon 'discours, mes forces et mon âge ne me le permettraient pas.
» Je vous remercie; je vous remercie et vous charge de remercier tous les bons Français pour tout ce qu'ils ont fait de toute manière, afin de me soulager ; car la France m'a donné ses enfants qui ont versé leur sang pour le Saint-Siège; elle m'a donné son argent, et
elle a fait tant d'autres œuvres de charité ! Qu'ils soient donc bénis tous particulièrement, et après eux je bénis aussi tous les autres ; je bénis tout le monde, même les méchants, afin qu'ils aient la lumière nécessaire pour marcher dans la voie de la vérité.
)) Recevez donc cette bénédiction apostolique. Je vous bénis, vous, votre patrie, vos familles , vos parents , vos amis, tout le monde, tous les diocèses de France , et en particulier le diocèse de Nevers du bon M^' Forcade, tous les curés, leurs paroisses, les pères de famille, leurs femmes, leurs enfants, et tous ceux des vôtres qui ont le désir d'être bénis par le Pape.
» Que cette bénédiction soit toujours pour vous un soutien et comme une arme pour combattre les combats de la foi contre l'incrédulité ; qu'elle vous accompagne dans les luttes de la vie, qu'elle vous soit un gage de salut dans vos derniers moments et vous assure l'éternel bonheur. »
Le 20 septembre de l'année suivante ramena un autre anniversaire moins joyeux et qu'assombrit encore la perte du comte Gaétan Mastaï, frère de Pie IX, décédé la veille. Victor-Emmanuel nJeut pas la pudeur de respecter le deuil de son prisonnier; il fit tirer le canon dès la pointe du jour, en signe de réjouissance. Tout ce que Rome comptait de plus noble et de meilleur, s'indigna de cette brutale inconvenance, et s'empressa d'apporter au Vatican les condoléances et les protestations de la cité fidèle, de la cité où, selon l'expression de la Ri forma du même jour, « l'Italie se trouvait en- » core étrangère, après deux ans, comme le premier jour, et qui » ressemblait non à une ville amie, mais à une ville toujours fré- » missante de la prolongation d'une occupation militaire impatiem- » ment supportée. » Pie IX répondit à l'adresse lue par le président de la Confédération Pia :
(( La Providence permet que des injustices se commettent; n'en soyez pas émus, mes enfants. Lorsqu'elles seront parvenues à leur comble, alors luira le jour de Ja justice. J'ai entendu ce matin des coups de canon qui ont retenti jusqu'au fond de mon cœur. Nos vainqueurs temporaires auraient pu m'épargner ce surcroît de tristesse, et à mes fidèles Romains, qui savent à quoi s'en tenir, cette déri-