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CHAPITRE VINGT-UNIEME

siQn. Mais pour savoir triompher généreusement, il faudrait avoir su vaincre loyalement. Les vainqueurs honnêtes et vraiment forts dans leur victoire savent seuls être modestes ; et voilà pourquoi, mes enfants, nous avons entendu le canon ce matin. »

Mais le ciel semblait prendre à tâche de châtier l'Italie. Des inondations et de mauvaises récoltes successives vinrent augmenter la détresse causée à Rome par la diminution du nombre des étrangers et par la cessation des grandes cérémonies religieuses dont beaucoup d'industries vivaient. Le métal monnayé disparaissait peu à peu avec la fortune publique; on en est arrivé, depuis l'invasion piémontaise, à ne voir plus en Italie que des billets émis par toutes sortes de banques ou de municipalités ; l'or y a fait jusqu'à vingt et un pour cent de prime sur le papier, et jamais il n'est descendu audessous de sept, tandis qu'en France, au moment de nos plus grands désastres et des miUiards payés à l'Allemagne, il atteignit à peine dix-sept pour mille. Les huzurri eux-mêmes ne tardèrent pas à reconnaître que leur cupidité les avait jetés dans un piège. Attirés par l'espoir de faire promptement fortune, on les voyait oisifs et sombres sur le seuil de leurs boutiques vides d'acheteurs ; ils avaient dissipé leurs avances et ne savaient pas s'en aller. Les juifs seuls faisaient de bonnes affaires dans les démolitions et les ventes de propriétés ecclésiastiques, dans les journaux qui leur appartenaient presque tous, dans le trafic de l'argent et des denrées. On ne voyait partout que couvents fermés et séquestrés, bibliothèques confisquées et souvent dilapidées dans le transport d'un lieu à un autre, religieux expulsée de chez eux et fouillés bratalement sur le seuil de leur porte, vu qu'ils eussent été capables d'emporter quelque chose de ce qui leur appartenait. Ces rehgieux et religieuses obtenaient mensuellement, comme indemnité, une pension de vingt-cinq centimes par jour et par tête; les vieillards recevaient quarante centimes ; mais on les payait quand le trésor était en mesure de le faire, ce qui n'arrivait pas tous les mois. Les pauvres, les infirmes n'étant plus nourris, comme autrefois, par la charité catholique, encombraient les hôpitaux ou se joignaient aux industriels recrutés dans toutes les prisons italiennes. On eut beau doubler la police, les vols

augmentèrent dans la même proportion. Le peuple enfin se demandait quels sacrifices s'imposait pour lui le roi usurpateur, désormais possesseur des domaines de six princes italiens qui n'avaient jamais permis que leurs sujets manquassent de pain.

Le nombre des maisons religieuses enlevées, en tout ou en partie, à leurs légitimes propriétaires, dépassa la centaine avant la fin de 1873. L'intervention de la diplomatie préserva une première fois le Collège romain, fondation éminemment internationale et non romaine, puisque la fréquentation en était jadis interdite aux clercs de la ville, et qu'il fut doté uniquement par des rois et des bienfaiteurs étrangers. Le gouvernement italien consentit, non à renoncer, mais à surseoir à cette spoliation nouvelle ; il sut se faire de cette prétendue modération un mérite d'autant plus éclatant auprès des naïfs, qu'il se faisait exciter sous main , par les journaux , à ne rien écouter. Le gouvernement italien est rusé; il sait attendre. Ses gendarmes et sa police le rendent maître des sociétés secrètes ; il les laisse crier et les empêche d'agir. Du reste, les sectes italiennes connaissent beaucoup le poignard, mais fort peu l'épée ou les barricades.

Combien dut souffrir le cœur paternel de Pie IX, en présence de tant d'iniquités qu'il ne pouvait empêcher ! On trouve un écho de sa tristesse dans une de ses allocutions du 1" janvier 1873 :

« Vous venez, dit-il, de diverses contrées lointaines pour m'offrir vos félicitations et vos souhaits de bonne année. Je vous en remercie. Hélas! l'année qui vient de finir est loin d'avoir été bonne, car la société marche dans une voie mauvaise. Il faut donc s'armer de courage, en attendant que la paix revienne sur la terre, de même qu'au milieu de la tempête, on lutte contre les flots, jusqu'à ce que la tranquillité reparaisse.

» Il y a des gens qui croient que le calme règne dans Rome et que les choses n'y vont pas si mal qu'on le dit. Certains étrangers demandent même, à leur arrivée dans cette ville, des billets pour assister aux fonctions religieuses. Je suis persuadé que cette année encore, dans les derniers jours de la semaine sainte, on demandera des billets pour la cène et le lavement des pieds.

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