CHAPITRE QUATRIEME
cause, était le comte Terenzo Mamiani, de Pesaro. Nous le retrouverons ministre de Pie IX.
Les autres prodiguèrent à l'envi les témoignages. La plupart même y ajoutèrent des serments qu'on ne leur demandait point : « Je jure, écrivait l'un, de verser tout mon sang pour Pie IX. — » Sur ma tête et sur celle de mes enfants, ajoutait un autre, je jure » fidélité à Pie IX jusqu'à la mort. » Et un troisième : « Je renonce » à ma part de paradis, si je viens à manquer au serment d'amour » qui me lie à Pie IX. n Ils allèrent jusqu'à se réunir solennellement à Saint-Pierre-ès-Liens, et ils y communièrent, comme pour prendre Dieu à témoin. Dieu sait combien d'entre eux étaient sincères en ce moment ! Mais ce luxe de protestations et d'imprécations imprime aux trahisons révolutionnaires^ dont Pie TX allait être victime, un cachet hideux et qui soulève le cœur.
L'humble Pontife songea ensuite à ses deux compétiteurs, les cardinaux Lambruschini et Gizzi^ que l'opinion publique avait désignés comme devant être, l'un ou l'autre, successeurs de Grégoire XVI, et sur lesquels, bien malgré lui, il l'avait emporté. Comme il les jugeait plus dignes que lui, il tint à les consoler, s'ils en avaient besoin, et voulut leur offrir toutes les compensations dont il disposait. Il nomma Lambruschini bibliothécaire du Vatican, évêque de Givita- Vecchia, secrétaire des brefs apostoliques, sous-doyen du sacré Collège ; il fit Gizzi secrétaire d'Etat , c'est-à-dire premier ministre.
Les autres membres du nouveau ministère furent : le cardinal Antonelli, aux finances ; le cardinal camerlingue Riario Sforza, à l'industrie et au commerce ; le cardinal Massimo, aux travaux publics ; M^'' Lavinio Spada, aux affaires militaires ; et M^'' Grassellini, aux fonctions de gouverneur de Rome, qu'il remphssait déjà sous Grégoire XVI. De ces six personnages, les deux premiers seulement jouissaient, pour le moment, de la faveur populaire. Les quatre autres étaient des grégoriens (c'est ainsi que le langage révolutionnaire appelait les anciens serviteurs du pontificat précédent), et comme tels, en butte aux haines des sociétés secrètes. Pie IX avait résolu de ne refuser à l'opinion publique aucune satisfaction raisonnable et juste; mais sa belle âme était incapable de suivre la poli-
tique ordinaire des nouveaux princes, et de se ménager aux dépens de son prédécesseur, une popularité facile et de mauvais aloi.
Il montra d'une autre manière son respect pour la mémoire et les traditions de Grégoire XVI. Ce dernier avait institué une commission de jurisconsultes, sous la présidence du cardinal Bernetti, pour rechercher les améliorations qui pourraient être faites dans les lois pénales et la procédure criminelle. Grégoire XVI avait promulgué une partie du nouveau code, résultat de ce travail ; mais la mort l'avait surpris avant qu'il fût terminé. Pie IX confirma la commission, et l'encouragea à compléter l'œuvre commencée. Il décida même que ses attributions seraient étendues, et que la révision s'étendrait aux lois et règlements en matière civile.
Par un décret contresigné du cardinal Gizzi, il modifia, vers la même époque, la réglementation des journaux. Quelques esprits timides, ou malveillants, ont voulu voir dans ce décret l'institution de la hberté absolue de la presse, et taxer Pie IX d'imprudence. On est allé jusqu'à vouloir le mettre en contradiction avec lui-même et opposer, sur cette question, les actes de 1847 aux doctrines de 1865, à l'encyclique Quanta cura et au Syllabus. Ceux qui parlent ainsi n'ont pas lu le décret du cardinal Gizzi. Ils ignorent qu'il se compose de deux titres, le premier sous la rubrique de : Conseil de censure; le second de : Règles à suivre pour le conseil de censure. En voici du reste le préambule. Nous tenons à le citer pour justifier le sage Pontife de deux reproches inconsidérés mais fréquents : l'un qu'il fit trop de concessions au début de son règne, l'autre qu'il n'en fit pas assez à la fin.
« Pascal Gizzi, cardinal prêtre de la sainte Eglise romaine, du » titre de Sainte-Pudentienne , secrétaire d'Etat de Sa Sainteté » Pie IX;
» La presse étant celle des inventions modernes qui devait le plus )) accroître la puissance de la parole, et multiplier les biens et les » maux, les vérités et les erreurs, fut dès le commencement l'objet » des plus graves sollicitudes de la part des souverains Pontifes, » soit pour en favoriser les progrès utiles, soit pour en prévenir les » dangers. Comme glorieux monuments de cette double vigilance,