‹ Pie IXChapitre 20 sur 288 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

il faut citer d'une part les imprimeries qui ont acquis une si haute célébrité, à Rome, sous la protection des souverains Pontifes, dans les provinces, sous celle des évêques ; de l'autre, les lois établies pour mettre un terme aux abus de cet art si noble, et pour empêcher que , tandis qa'il offrait de nouveaux secours et de nouvelles richesses à l'esprit humain , il ne servît à altérer la foi et à corrompre les mœurs des peuples.

» La forme de ces lois dut toutefois subir des modifications successives, à mesure que le nombre croissant des auteurs et des livres imprimés rendait trop lent ou trop incomplet l'examen que I devaient en faire les seuls censeurs à qui ce soin avait d'abord été I confié. Ce fut pour écarter cet inconvénient et rendre la censure

> plus sûre et plus prompte, que le pape Léon XII, d'heureuse mé- ) moire, fit pubher, par son cardinal vicaire, l'édit du 18 août 1825. ) L'intention de son auguste successeur, le Pape heureusement ) régnant, est de maintenir cet édit en vigueur pour ce qui se rap- ) porte à la censure scientifique, morale et rehgieuse. En ce qui ) regarde la censure politique, ce même édit ordonnait que tout ) écrit destiné à l'impression, qui serait de nature à exciter des ) plaintes de la part des gouvernements étrangers, ou à soulever ) dans l'Etat des controverses, ne pût êtrepubhé sans la permission ) préalable de la secrétairerie d'Etat. Or, aujourd'hui, telle est la ) quantité des productions que font naître les besoins de l'époque, ) et dans lesquelles il est traité directement et indirectement, en ) tout ou en partie, de matières qui se rapportent à la politique,

> qu'il est devenu impossible à la secrétairerie d'Etat de satisfaire à ) toutes les demandes avec la promptitude naturellement désirée ) par les auteurs. En conséquence. Sa Sainteté, voulant tout à la ) fois que cette difficulté ne puisse ni entraver une honnête liberté ) de la presse ni la laisser dégénérer en funeste licence, après avoir ) entendu l'avis des autorités compétentes, nous a ordonné d'établir ) delà manière suivante, dans Rome comme dans les provinces, ) un conseil de censure auquel les examinateurs ecclésiastiques ) ordinaires devront désormais renvoyer tous les écrits poli- ) tiques. »

Le décret est du 15 mars 1847. S'il plût alors aux amis de la révolution de le présenter comme instituant la <( liberté de la presse, » dans le sens qu'on donne ordinairement à ce mot, ce fut de leur part une illusion volontaire. Ils avaient pour tactique, suivant l'aveu de l'un d'entre eux, « d'accepter les concessions de Pie IX comme » des à-compte, de les louer plus qu'elles ne le méritaient, et de » tenir pour concédé ce qui ne l'était pas encore, » ce qui ne devait jamais l'être.

Le Pape s'occupait en même temps de préparer l'élargissement des libertés civiles et municipales, œuvre qui n'arriva à maturité que sous le ministère suivant. Il s'appliquait à propager partout l'instruction gratuite, suivant les nobles traditions de l'Eglise, inaugurait de grands travaux publics, faisait étudier un projet de chemins de fer, encourageait pontificalement l'agriculture, les arts, les sciences, l'architecture surtout et l'archéologie, qui doivent tant à sa munificence. Afin de pourvoir à tout, sans aggravation d'impôts, il rétablissait l'ordre dans les finances et une économie sévère dans ses dépenses personnelles. Il restreignit à sept paoli (un peu moins de quatre francs) les frais quotidiens de sa table. Il disait à son majordome: a Quand j'étais évêque, je dépensais un écu par jour; » lorsque je fus cardinal, je dépensais un écu et demi; maintenant » que je suis Pape, vous ne dépasserez pas deux écus. » Des quatrevingts chevaux qui composaient l'écurie pontificale, il en fit vendre cinquante immédiatement.

Avant lui, il était d'usage, dans les chaleurs de l'été, de tenir des assortiments de sorbets toujours prêts. La surprise de Pie IX fut grande, un jour qu'il demanda une orangeade, de voir arriver des laquais portant des rafraîchissements et des pâtisseries de plusieurs sortes. On dut lui faire connaître la coutume ; il y vit du gaspillage, et, renvoyant tout cet attirail, il se fît apporter un couteau et une orange dont il exprima lui-même le jus dans son verre, en recommandant de ne lui servir désormais rien de plus chaque fois qu'il voulait se désaltérer.

Le nouveau règne ne devait pas non plus être entaché du népotisme tant reproché à quelques papes. Deux neveux de Pie IX se

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