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CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

Pie IX, au contraire, sait ouvrir la bouche comme la main, pour quiconque s'adresse à lui. Il a la franchise d'un Pape, et d'un Pape qui, après trente ans d'un règne traversé par les plus grandes gloires et les plus grands revers, possède l'expérience des hommes et se croit en devoir comme en droit de dire hautement la vérité à tous, afin de fortifier les faibles et d'éclairer les égarés.

« Les révolutionnaires, qui ont la prétention de parler au nom des peuples, ne cessent de dénoncer au monde mon esprit rétrograde et mes principes despotiques, disait-il un jour ; les princes, de leur côté, ne sont guère plus contents de moi, quand je leur rappelle leurs devoirs, et plus d'un m'a traité derévolutionnaire. Mais j'ai le droit de parler aux princes comme je fais. J'en ai le droit plus que Nathan de parler à David, plus que saint Ambroise de parler à Théodose, et je n'en use que pour le bien des princes et de la société. »

En effet, quand il arrive aux autres souverains de parler, ce n'est que comme des échos de leurs ministres, échos sonores, mais généralement vides de sens et très-souvent de sincérité. Seul le Pape dit ce qu'il pense et comme il le pense, parce qu'il n'a rien à cacher. Point de ruses chez lui, point de détours, point de voiles; son cœur est sur ses lèvres.

Ses discours ont toujours de l'à-propos. Le sujet lui en est inspiré ou par les événements les plus récents , ou par la nationalité des visiteurs, ou par la nature des intentions pieuses qui les rassemblent. Ils empruntent presque toujours quelque allusion à l'évangile du dimanche précédent, ou à la fête du saint du jour. Tous enfin se terminent par la bénédiction pontificale, qu'on reçoit à genoux et rarement sans larmes.

Recueilhs pour la plupart par la sténographie, les discours de Pie IX au Vatican remplissent de nombreux volumes. Nous en avons donné plusieurs, à mesure que les événements les faisaient naître; mais les dimensions de cette histoire ne suffiraient pas à les contenir tous. Nous devons toutefois en reproduire quelques-uns encore.

Celui du 7 janvier 1872 aux femmes du Transtevère, rappelle des souvenirs touchants :

« J'accueille avec un vif plaisir ces marques d'affection du Transtevère envers le Saint-Siège. Je vous rappellerai un fait qui a vingtquatre ans de date. J'étais au Quirinal, lorsque le quartier du Transtevère, composé d'excellents et fidèles Romains, vint ni'offrir un grand bouquet de fleurs, que deux hommes pouvaient à peine porter. Aujourd'hui vous n'êtes pas venues m'apporter des fleurs, mais ce qui m'est Lien plus précieux, l'expression de vos cœurs. Les bons Transté vérins montèrent dans le palais ; les Transtévérines restèrent sur la place, en sorte que pour les bénir, je m'avançai sur cette loge, aujourd'hui profanée par d'autres femmes.

» Dès lors je connus les sentiments des habitants du Transtevère envers le Vicaire de Jésus-Christ, et quel lien indissoluble d'afiection les unit à ce Saint-Siège. Aujourd'hui le prince qui était à la tête de ces hommes est mort, son fils et son neveu sont morts, le colonel qui les accompagnait est mort, le curé de votre église est mort aussi, et certainement beaucoup d'entre les habitants de ce temps-là ne sont plus. Et cela nous avertit combien notre cœur doit se détacher de cette terre, qu'il faut un jour ou l'autre laisser. Notre demeure permanente n'est pas ici-bas : ce n'est qu'un lieu de passage et d'épreuve...

» Vous demandez au Pape quand finiront les maux qui nous assiègent. Méditez les vérités que l'Eglise nous rappelle en ces jours, et votre cœur vous donnera une réponse.

» Jésus-Christ, dans son humble crèche recevait les offrandes des pauvres pasteurs et des rois opulents, et en même temps la cruelle jalousie d'un souverain menaçait sa vie; mais le dessein de l'iniquité jie put triompher, parce que le sacrifice devait s'accomphr plus tard sur le Golgotha. Et voilà que l'ange du Seigneur avertit Joseph de se sauver en Egypte. Trois ans s'écoulent, et l'ange reparaît ; il ordonne à Joseph de retourner avec l'enfant en Palestine, parce que ceux qui en voulaient à sa vie étaient tous morts, defunctisunt enim qui quaerebant anùnam pueri. Le tyran était mort et la sainte Famille put retourner sauve dans sa patrie.

» Le monde, mes chères filles, a toujours été hostile à Jésus- Christ et à son Eglise, et les a toujours combattus. Mais la persécu-

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