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CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

» Le carnaval vient de finir. Durant ces jours consacrés aux bacchanales, un certain nombre de personnes se sont livrées à des divertissements désordonnés et parfois illicites. La plupart, je le sais, appartenaient à cette classe entrée à Rome par la brèche fatale et venue pour souiller les rues de la capitale du monde catholique. Mais, je sais aussi que la lie du peuple indigène s'est abandonnée à de folles réjouissances; je sais encore que d'autres personnes de condition plus élevée ont adhéré à cette sentence du poète païen : Nunc pede libero pulsanda tellus, et que, sous certaines voûtes dorées, on s'est livré à des spectacles indécents et parfois scandaleux, montrant ainsi qu'on préférait la maison de la joie à celle dn deuil.

» C'est sur ce terrain que votre charité pourra surtout s'exercer. Dites à vos amies, à vos parentes, à toutes les personnes que vous avez l'occasion d'approcher, qu'il n'est pas convenable de se livrer à des divertissements, pendant que l'EgUse de Jésus-Christ est victime de la plus hypocrite persécution , pendant qu'on condamne les évêques et les prêtres, les religieux et les épouses de Jésus-Christ à la prison, à l'exil, aux amendes, à la spoliation, et qu'on les menace d'une oppression encore plus pesante. Dites-leur, avec l'esprit de charité que Dieu saura vous inspirer, ah! dites-leur que melius est ire ad domum luctûs, quam ad domum convivii, puisque le temps où nous vivons et le triste spectacle que nous avons devant les yeux nous porte à pleurer et nous fait oublier la joie.

» Pendant que la société est bouleversée , pendant que les gouvernants (qu'ils gouvernent mal, hélas!) sont incertains de l'avenir et adoptent d,es mesures chaque jour plus désastreuses, convient-il à une âme (Chrétienne de se livrer aux joies mondaines et presque de s'écrier avec les impies : Edamus et bibamus, cras enim moriemur? Oh ! le ciel éloigne de nous un tel malheur !

» D'autre part , ressentez une salutaire épouvante à la vue de la triste fin de tant d'hommes qui, après avoir passé leur vie m domum convivii, arrivent au moment de la mort, au milieu des angoisses les plus terribles, sans pouvoir jouir des secours de l'EgUse , à laquelle ils furent rebelles , et sans recevoir l'assistance de ses ministres qu'ils accablèrent de leur mépris. C'est ainsi que s'est

vérifiée en eux cette efirayante menace de Jésus -Christ : Quxretn me et non invenietis, et in peccato vestro moriemini.

» Quant à vous, qui cherchez Jésus-Christ dès cette vie, il est certain que vous le trouverez après votre mort. Vous le cherchez dans son tabernacle , où vous le visitez avec amour ; vous le cherchez auprès des pauvres, au chevet des malades, où il se plaît à nous attendre; et chacune de vous le trouve non-seulement pour elle-même, mais pour toute sa famille. Etc. »

Le 21 juin 1872, à l'occasion du vingt-sixième anniversaire de son couronnement, il expliqua aux délégués des deux cents diocèses italiens comment et dans quel sens il ne cessa jamais d'aimer l'Italie :

(i Je bénis l'Italie, mais non les usurpateurs de l'Eglise, les spoliateurs des temples sacrés, les gens scandaleux, les blasphémateurs et les profanateurs des saintes images.

» Je ne peux pas non plus bénir ceux-là qui s'occupent peu ou pas du tout de mettre fin à leurs attentats sacrilèges.

» Je bénis l'Italie et les évêques qui dernièrement ont été envoyés à leur nouvelle résidence. Oh ! comme l'Italie , dans cette occasion, s'est montrée digne de la foi , de cette foi sans laquelle on ne saurait plaire à Dieu, et celui qui ne la possède pas sera condamné : qui non crediderit condemnabitur .

» Je bénis de tout mon cœur toutes ces populations qui ont montré tant de piété et de zèle dans les diverses parties de l'Italie, où on a vu, non pas seulement ces populations, mais les autorités, accompagner au son des fanfares le nouvel évêque à sa cathédrale, et la ville tout entière remercier Dieu de posséder enfin son propre pasteur.

» Oh! oui, je bénis l'Italie, mais avec les exceptions justes que j'ai faites.

» Je bénis l'Italie, mais non ceux qui l'oppriment ou la scandalisent; je bénis cette terre privilégiée, qui a produit tant d'hommes remarquables, tant d'âmes saintes, tant de modèles de piété; et que cette bénédiction ait la vertu de détruire le mal et de nous délivrer du malheur et de l'oppression qui pèsent actuellement sur nous...

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