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CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

» Priez Dieu qu'il nous délivre de tant de fléaux. Le plus grand de tous, vous le savez, c'est l'usurpation; mais il y en a d'autres encore , comme le feu , les inondations , les tremblements de terre, les insectes qui dévorent les ressources de tant de personnes ! »

Deux ans plus tard, il prit occasion de ce même anniversaire pour affirmer de nouveau devant le sacré Collège, avec une indomptable énergie , les droits inaliénables du Saint-Siège :

(( Puisqu'il a plu à Dieu de me faire commencer la vingtneuvième année de mon pontificat , cette occasion me semble opportune, dit-il, pour renouveler certains actes qu'il ne faut point négliger trop longtemps, sous peine d'induire en erreur les hommes de bonne foi et de donner prétexte aux ennemis de nous opposer un jour la prescription.

» En présence donc de la haute assemblée qui m'environne, je répète les protestations les plus solennelles contre l'usurpation du domaine temporel du Siège romain, contre la proscription et la spoliation des ordres religieux et, en somme, contre tous les actes sacrilèges commis par les ennemis de l'Eglise de Jésus-Christ.

» J'ai, d'ailleurs, pour renouveler aujourd'hui ces protestations , un motif spécial et actuel. Il y a peu de temps que l'on m'a exprimé, tantôt de vive voix, tantôt par écrit, certains désirs tendant à nous rapprocher des nouveaux venus. La dernière lettre, qui est encore sur ma table (il s'agissait d'une lettre de Victor-Emmanuel), est écrite avec beaucoup de calme et de respect. On me dit là que, étant vicaire d'un Dieu de paix, je dois pardonner à tous les ennemis de l'Eghse et lever les excommunications dont j'ai chargé les consciences.

n Et notez ici que les révolutionnaires sont de deux sortes : les uns ont imaginé et mené à terme la Révolution, les autres y ont adhéré en rêvant de félicité, de progrès, et de je ne sais quel paradis terrestre, sans prévoir qu'ils recueilleraient des épines et mille misères.

» Les premiers , obstinés dans leurs cœurs , sont les Pharaons de notre âge : durs comme l'enclume , l'acte de la plus grande bonté ne saurait les assouplir. Les seconds (auxquels appartiennent ceux qui

me parlent à voix basse de mansuétude et de modération), voyant que le paradis terrestre s'est évanoui , que les impôts s'accroissent , que la prospérité , la liberté vraie et la sécurité même des vies et des biens diminuent d'une façon inquiétante, éprouvent des remords de conscience d'avoir coopéré à cet état de choses et font appel à mes sentiments de paix.

» Mais quelle paix puis-je avoir avec eux ? Ils éprouvent des tourments !... Et à quoi bon? Saûl les éprouvait aussi lorsque, blessé à mort et croyant s'en délivrer, il priait le soldat amalécite de le tuer : Sta super me et interfîce me, guoniam tenent me angusù'se. Et ce soldat osa l'achever et lui enlever ce peu de vie qui lui restait , ce dont il fut mortellement puni par David. Et que prétendent-ils ? Que le Pape deviendra pour eux un soldat amalécite , ou que le Pape imite le suicide du malheureux Saûl ? 0 conseils insensés ! Si l'Amalécite n'échappa point au châtiment de David , le Vicaire de l'évêque éternel de nos âmes pourrait-il se soustraire au châtiment de Dieu?

» On demande la paix; on demande une trêve, on demande, le dirai-je, un modus vivendi! Eh I y a-t-il un modus vivendi possible avec un adversaire qui est continuellement armé d'un modus nocendi, d'un modus au ferendi, d'un modus destruendi, d'un modus occidendi?Le calme peut-il jamais se concilier avec la tempête qui mugit et se soulève , abattant , déracinant , détruisant tout ce qui se trouve devant elle ?

» Que ferons-nous donc , vénérables frères ? Nous à qui il est dit : Statu in domo Dei et in atriis domûs Dei nostri. Nous serons unis avec l'épiscopat qui , en Allemagne, au Brésil et dans toute l'Eglise, donne des preuves lumineuses de constance et de fermeté. Nous nous unirons à lui et à toutes les âmes chères au Seigneur et nous persisterons dans la prière , demandant la patience et le courage pour combattre nos ennemis , mais non point l'épée à la main, car Jésus-Christ combattit avec la croix; et la croix sera notre arme, et nous supplierons Dieu pour eux, sans jamais nous conformer à leurs principes et condamnant les poltrons qui répètent dans leur lâcheté : Que voulez-vous faire?... Comment faire?... — Demande imbécile digne des vers de terre et non pas des hommes.

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