CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
» Courage donc; Marie très-sainte, fêtée aujourd'hui sous le vocable Auxilium christianorum , nous l'inspire. Le 24 mai, destiné à cette fête, a été, cette année, occupé par l'Esprit divin , époux de Marie. Que cette rencontre augmente notre confiance. De même que Marie a protégé un Pie pour abaisser l'orgueil des Turcs , de même qu'Elle a protégé im Pie pour abaisser une grande superbe impériale , qu'elle protège à cette heure le minime Pie et son siège attaqués par mille ennemis divers. Et comme Elle a vaincu apud Echinadas insulas, comme Elle a vaincu apud Savonam, vienne le jour d'une nouvelle victoire apud sanctum Peù-'um !
» Que Dieu bénisse, Moi, son indigue Vicaire, et vous, mes coopérateurs dans l'administration de son Eglise, et que par cette bénédiction soit hâté le moment qui nous amènera la paix véritable et durable, la paix dans le respect de toutes les propriétés légitimes...»
Lorsque le nouvel empire allemand se mit à persécuter l'Eglise, le vieillard du Vatican , désarmé et captif, fut le seul qui osât rappeler publiquement à l'empereur victorieux et à son tout-puissant ministre les droits de la justice outragée. L'Europe , que la crainte rendait muette, s'étonna de tant de hardiesse. On avait déjà oubhé que le même Pape, au moment où il lui restait encore un territoire à perdre, avait déjà tenu tête à Alexandre II de Russie.
Il adressa les paroles suivantes, le 25 juin 4872 , au cercle allemand des Lectures catholiques :
« J'ai reçu les félicitations de plusieurs diocèses d'Allemagne qui ont célébré par des prières publiques la longue durée de mon pontificat. C'est un moyen pour modérer les persécuteurs de l'Eglise, que vous avez en Allemagne : combattez-les avec constance et courage , par vos écrits aussi bien que par vos paroles. La persécution est donc déjà préparée et commencée en Allemagne ; à la suite des succès qu'il a remportés, le premier ministre du nouvel empire est devenu l'auteur principal de cette persécution; mais nous lui avons fait dire que tout triomphe sans modestie est passager et que le triomphe qui se tourne en persécution contre l'Eglise est la plus grande sottise du monde.
» La persécution même que les catholiques endurent, fera que le
triomphe du persécuteur sera bientôt diminué. J'ai fait dire à ce premier ministre que, jusqu'aujourd'hui, les cathohques ont été favorables à l'empire allemand, que j'ai toujours reçu des évêques et des catholiques allemands des rapports dans lesquels ils m'ont sans cesse déclaré être contents de la manière bienveillante avec laquelle ils étaient traités par le gouvernement et de la liberté maintenue à l'Eglise , en ajoutant que le gouvernement , de son côté , était satisfait des catholiques. J'ai demandé ensuite comment, après ces déclarations, les catholiques peuvent s'être transformés en sujets désobéissants et conspirateurs. Je l'ai demandé, mais je n'ai pas eu de réponse , et je n'en aurai pas , car on ne peut rien répondre.
» Mais soyez confiants, ajouta-t-il d'un air inspiré et après un moment de silence : « Un caillou tombera de la montagne , qui brisera les pieds du colosse ! »
Si la parole de Pie IX ne ménage pas les hommes puissants mais injustes, elle n'a guère plus d'égard pour les principes faux et pour les préjugés à la mode, plus redoutés souvent que les hommes. Il a osé dire tout haut, de la liberté de la presse, du suffrage universel et de l'égalité sociale, ce que bien des gens en pensent tout bas.
Il disait, en 187.4, à des pèlerins français :
« Je bénis ceux qui président aux destinées de votre illustre nation, et en les bénissant j'invoque sur eux l'esprit de force, afin qu'ils compriment la licence de la presse et qu'ils emploient tous les moyens pour que l'enseignement chrétien se répande de plus en plus sur la France. »
De même à d'autres pèlerins français (i) :
« Je bénis tous ceux qui coopèrent à la résurrection de la France. Je les bénis dans le but (laissez-moi vous le dire) de les voir s'occuper d'une œuvre bien difficile mais bien nécessaire, celle qui consiste à faire disparaître ou à diminuer une plaie horrible qui afflige la société contemporaine, et qu'on appelle le sufîrage universel. Remettre la décision des questions les plus graves aux foules nécessairement inintelligentes et passionnées , n'est-ce pas se livrer au
(1) Le 5 mai 1874.