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CHAPITRE QUATRIÈME

trouvaient à Rome lors de son élection. A l'un, il ordonna de retourner à Sinigaglia et de faire savoir à sa famille qu'il ne voulait pas qu'elle vînt s'établir dans la capitale. A l'autre, flls de l'une de ses sœurs et jeune officier dans l'armée pontificale, il déclara qu'il ne lui serait accordé d'avancement que selon son rang et son mérite.

Déjà la presse aux mille voix avait porté toutes ces choses, — quelques-unes en les dénaturant, — à tous les échos de la ville et du monde : urbi et orbi. Déjà le nom de Pie IX était dans toutes les bouches; et déjà aussi l'on pouvait démêler, parmi les acclamations, des nuances qui n'étaient point celles de la soumission filiale et de l'amour. Le repentir des amnistiés prenait des airs vainqueurs. La secte qu'ils avaient servie, qu'ils servaient toujours, faisait d'eux des héros; leurs noms étaient glorifiés, affichés dans les rues, sur les palais, sur les portes des églises ; on les imprimait sur les mouchoirs ; on les chantait dans des hymnes. Aux ovations que recevait le buste de Pie IX se joignaient des insultes à celui de Grégoire XVÏ. Le cardinal Lambruschini, les dignitaires de l'ancien gouvernement, et tous ceux qui s'alarmaient des mouvements populaires, étaient signalés, comme conspirateurs, à la vindicte publique. On ne craignait pas de les accuser d'un complot contre la vie de Pie IX. L'invention était absurde ; mais en est-il d'absurde quand on s'adresse aux multitudes ignorantes ?

Le 8 septembre 1846, la voiture du Pape venait de passer sous des arcs de triomphe dressés en son honneur; on interdit ce passage aux prélats de sa suite. Le 27 décembre on osa crier devant lui : Vive Pie IX seul! et quelques jours plus tard, à ce cri de : Vive Pie IX! on mêla ceux de : c A bas les jésuites! à mort les rétrogrades! » Ainsi, comme pour Charles I" et pour Louis XVI, avant de frapper le souverain, on frappait ses fidèles. On se trompait toutefois, en se figurant qu'on n'avait afî'aire qu'à un Louis XVI, et que la candeur et la bonté supposent nécessairement la faiblesse. Les sectaires eussent dès ce moment reconnu leur méprise, s'ils avaient pris garde à ce passage significatif du décret d'amnistie :

« Nous absolvons... Si pourtant nous venions à être trompés dans » quelques-unes de nos espérances, malgré la douleur amère qu'en

» ressentirait notre cœur , nous nous rappellerions néanmoins « toujours que, si la clémence est le plus doux attribut de la souve- » raineté, la justice en est le premier devoir. »

Mais où le noble réformateur pouvait se donner carrière sans crainte d'erreur , et sans la perspective pénible de faire des ingrats , c'est dans le domaine purement spirituel de l'Eglise. Là son initiative généreuse fut moins célébrée , mais elle fut plus active encore et plus féconde que dans les afïaires de l'Etat.

L'Eglise, fondée par un Dieu, est gouvernée par des hommes. C'est dire qu'il y aura toujours des infirmités dans son gouvernement ; la liberté humaine est à ce prix. Seulement , Dieu qui préside à l'exercice de cette liberté , ne cesse d'entretenir son Eglise de réformateurs et de saints qui la ravivent. Pie IX a été l'un et l'autre.

Son zèle s'exerça d'abord envers les religieux et les prêtres, (( le sel de la terre. » Il aimait à les visiter, à les réunir, et pour eux, quelles que fussent ses occupations , il recommandait qu'on s'arrangeât de telle sorte qu'il fût toujours accessible. Son cœur vraiment sacerdotal s'épanchait lorsqu'il s'adressait à eux , et trouvait des accents dignes des apôtres. Il disait, en 1847, aux ecclésiastiques qui devaient prêcher le carême dans les différentes églises de Rome : « Souvenez-vous de chercher le secret de votre force dans votre » amour. Si vous n'aimez pas les hommes , si votre cœur n'est pas » tout affection et tout dévouement , vous n'aurez sur eux aucune » influence. Surveillez aussi votre conduite ; soyez sévères pour » vous-mêmes , de peur que les fidèles ne disent de vous ce que les » sujets disent des despotes : Ceux qui nous régissent se réservent le )) bénéfice de tous les droits , et ne nous laissent que celui de l'obéis- )) sance. »

L'encyclique du 17 juin de la même année , adressée à tous les supérieurs généraux , abbés , provinciaux et autres chefs des ordres réguliers , rappela tous les religieux à l'observance rigoureuse de leurs règles , et particulièrement au devoir de l'étude. Elle est malheureusement trop longue pour être reproduite ici. Afin que ses recommandations ne demeurassent point une lettre morte , Pie IX institua une congrégation spéciale , dite des Ordres religieux. Il veil-

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