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CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

roi qui compte des saints dans son antique famille, pour lui dire avec l'affection d'un père et avec le zèle que m'inspire mon caractère sacré : Majesté, je vous en prie^ je vous en conjure, au nom de vos augustes aïeux, au nom de la sainte Vierge, au nom de Dieu et, ajouterai-je, au nom de votre propre intérêt : n'étendez pas votre main pour signer le nouveau décret qu'on vous présente (il s'agissait du décret qui soumet les jeunes ecclésiastiques à la loi militaire). Ceux qui vous le proposent ne sont pas vos amis. Il tend à la destruction du clergé et par conséquent à la destruction de l'Eglise catholique. Je vous en conjure, Majesté, pour votre bien, pour le Lien de vos sujets et de la société. N'augmentez pas la somme des dettes que vous avez contractées envers Dieu, en chargeant votre conscience de nouveaux martyrs pour l'Eglise. Ce que je dis à vous, Majesté, je le dis à tous ceux qui gouvernent les peuples sur la terre : arrêtez-vous, n'allez pas plus loin sur cette pente qui vous mène au plus profond abîme ! »

Malheureusement, le roi révolutionnaire d'Italie demeura sourd. Il est engagé trop avant pour s'arrêter, et, comme il l'a dit luimême, prophète sans le savoir, il ira jusqu'au fond : Andremo al fondo.

Voici encore quelques avis salutaires, quelques pensées frappantes de justesse et de vigueur, glanées çà et là dans les discours de Pie IX au Vatican , et qui méritent d'être retenues :

«... Mes enfants, vous avez chez vous un trafic immense (Pie IX parlait à des Américains des Etats-Units); c'est bien; le commerce est indispensable au maintien de la société humaine, et il est juste que les pères de familles songent à élever et à maintenir leurs enfants selon les exigences de leur état. Il n'y a pas le moindre mal à tout cela ; mais il ne faut pas porter un amour excessif aux richesses, il ne faut pas enchaîner le cœur aux trésors de la terre. Le culte exclusif de la prospérité matérielle est condamné par Jésus- Christ.

» Jésus-Christ avait sa petite bourse, il avait même un administrateur qui fut Judas ; mais vous savez où celui-ci alla finir par suite de son attachement immodéré à l'argent.

» Que l'on possède de l'argent, que même on cherche honnêtement à augmenter son avoir afin de pouvoir améliorer le sort de sa famille, rien n'est plus juste et plus naturel ; mais c'est à une condition, qui est de ne pas attacher son cœur aux biens de la terre... »

«... Jeunes gens qui m'écoutez (Pie IX s'adressait à une députation de la jeunesse italienne, le 6 janvier 1875), il faut que je vous signale un désordre grave, et qui s'est beaucoup accru depuis les agitations révolutionnaires : je veux parler des mariages entre parents. Ces mariages sont contraires à la santé du corps et à l'heureux développement de la race humaine : j'en appelle au témoignage des médecins; ils sont contraires aussi à la morale, et je pourrais révéler ici bien des misères, non-seulement corporelles, mais spirituelles, qui en résultent.

» Je sais bien ce qu'on va me répondre : qu'un pareil désordre pourrait être réprimé par le refus des dispenses. Mais c'est là justement que se trouve la grande difficulté, depuis que les gouvernements ont prétendu régler les mariages en dehors des lois canoniques. Les unions qu'on appelle civiles endorment les consciences des faibles et des ignorants ; et , soit à cause de l'efîervescence de la passion qui aveugle, soit par avidité de l'argent qui entraîne, soit , pis encore, par le manque de foi , plusieurs préfèrent vivre en un désordre même incestueux, plutôt que de renoncer à des projets d'union que l'Eglise désapprouve. Ils se privent du sacrement, et en même temps de la grâce que Dieu accorde aux époux pour vivre dans la paix et la charité, et pour élever saintement leurs enfants.

)) Si les gouvernements avaient la patience de n'intervenir qu'après que l'Eglise a exercé ses droits, ce qui est de toute justice, ils pourraient alors, et non auparavant, procéder aux actes civils, et enlèveraient ainsi aux contractants tout motif de souiller leur conscience, souillure qui s'étend à tous ceux qui coopèrent à un tel acte.

» Quant à vous, jeunes gens qui m'écoutez, prenez devant moi

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